La violence de l’extrême-droite

Alors que depuis presque deux semaines, la mort de Quentin Deranque, militant nationaliste proche de l’Action Française fait l’objet des pires récupérations, et monopolise l’espace médiatique, il nous semblait essentiel de rappeler les méthodes violentes de l’extrême-droite dont nous sommes témoins ou cibles depuis des années.

Si Utopia 56 est parfois une victime collatérale, ces attaques racistes visent principalement les personnes exilées que nous rencontrons lors de nos missions. Elles prennent la forme de violences physiques, de harcèlement, de sabotages et visent à stigmatiser, à déshumaniser, à blesser, voire à tuer.

Il y a deux ans, à Calais, en pleine période de campagne des législatives, une voiture fonce sur de jeunes soudanais qui rejoignaient leur campement après une distribution de nourriture. L’un d’eux devra être hospitalisé. Le même été, à la frontière toujours, des personnes exilées sont attaquées avec des battes de baseball.

Le 14 décembre 2024, Paul D. assassine cinq personnes dans le dunkerquois, dont deux hommes iraniens qui survivaient sur les campements informels. Dans un article du Monde publié un an plus tard, on apprend que le meurtrier était usager du groupe Télégram FRDeter, une conversation de plus de 7000 sympathisants d’extrême droite dans laquelle étaient discutées les cibles potentielles d’attentats, principalement des personnes musulmanes ou élues de gauche. 

Car la violence de l’extrême droite n’est pas uniquement le fait d’individus isolés. Elle s’organise, les militants se regroupent pour planifier des actions et mettre en actes leurs idées, banalisées par un discours médiatique ambiant. Nous vous l’avons raconté ici, l’année 2025 a été marquée par les visites de groupuscules britanniques sur les plages du littoral nord, parfois équipés de gants coqués et gilets pare-balle, pour menacer, insulter, violenter. Nous avons recensé plus de dix venues de ces groupes.

La frontière n’est pas le seul lieu de ces attaques. En août 2025, deux hommes d’une vingtaine d’années urinent sur une femme sans abri et ses enfants de 6 ans et 14 mois, endormis à même le sol, place de l’Hôtel de Ville à Paris. À une centaine de mètres quelques jours plus tard, des individus pénètrent dans un local partagé avec d’autres associations, saccagent l’espace et recouvrent les murs de graffiti racistes On vous tuera avec les nègres et les bougnoules”. Ces actes de vandalisme à l’égard de nos locaux sont réguliers, et la plupart des antennes d’Utopia 56 ont déjà été touchées par ce genre d’intimidations. On vous épargne l’histoire des courriers remplis d’excréments, ou celles des bouchons de liège percés de clous devant les sorties véhicules.

Ces attaques ont aussi lieu directement sur les campements des personnes survivant à la rue. En 2024, une cuve d’eau est contaminée sur le campement près de Dunkerque et des toilettes incendiées à Calais. En 2025, à côté du campement de Loon-Plage, près de Dunkerque, sont retrouvés des tags de croix gammées et d’une représentation d’un pendu à côté de laquelle est écrit “migrants”. À Paris, un campement a été incendié à deux reprises en moins d’une semaine le mois dernier.

Cette haine raciste n’est pas nouvelle, on ne vous apprend rien. Ce qui bascule en revanche, et ce partout dans le monde, c’est sa banalisation. Des propos qui, hier, étaient considérés comme inacceptables trouvent désormais leurs voix en prime time, sur les plateaux des journaux télévisés, dans la bouche d’élu.es ou de chroniqueur.ses. Peu à peu, la fenêtre d’Overton se déplace et légitime les appels à la haine, notamment sur les réseaux. Ici encore, on vous épargne le florilège d’insultes et d’images nauséabondes que nous recevons en flux continu. 

En France, pour permettre ce glissement sémantique, des médias comme Frontières, des influenceur·ses, ou des collectifs comme Némésis misent tout sur le buzz, la polémique et la provocation. Leur stratégie paye, en témoigne l’extraordinaire fenêtre médiatique que la mort de Quentin Deranque leur a permise, propulsant leur idéologie jusqu’au cœur de l’assemblée, où une minute de silence a été rendue en hommage de ce jeune homme néonazi. 

L’heure nous semble grave. Pour éviter que se propage leur violence, à un an des élections présidentielles, nous devons collectivement combattre les idées de l’extrême droite, ses mensonges, et ses méthodes. 

Soyons tous·tes antifascistes.

D’où la nécessité de soutenir UTOPIA 56