
L’expulsion du plus grand lieu de vie
Le 30 janvier, à l’aube, plusieurs dizaines de membres de forces de l’ordre se sont déployés sur le plus grand lieu de vie du Calaisis afin de procéder à son expulsion. Le Préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch, a fait étalage de son sens de l’humanité en affirmant que l’opération avait pour but d’« assurer une prise en charge humanitaire des personnes migrantes ».
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Lors de son point presse, le Préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch, a fait étalage de son sens de l’humanité en affirmant que l’opération avait pour but d’“assurer une prise en charge humanitaire des personnes migrantes” et que “si on veut empêcher ces traversées et ces drames humains, il faut agir sur ces lieux de regroupement”.
Pourtant, lors de cette opération, 21 personnes ont été arrêtées, 8 tonnes d’effets personnels dont une centaine de tentes ont été saisies, une cuve d’eau permettant l’accès à l’eau potable a été détruite, et des centaines de personnes se sont retrouvées sans tente dans des conditions météorologiques défavorables.
Si la préfecture annonce avoir conduit 260 personnes dans des Centre d’Accueil et d’Examen des Situations (CAES), les observateur·ices ont rencontré de nombreuses personnes qui n’avaient pas pu accéder aux bus et donc aux mises à l’abri, faute de place disponible.
Le campement expulsé se situe sur une immense friche – non utilisée – appartenant à la communauté d’agglomération du Grands Calais Terres et Mers. Cette dernière en a obtenu l’expulsion en passant par une procédure d’urgence, prétendant ne pouvoir identifier aucun·e habitant·e. Ainsi, les habitant·es n’ont pas pu faire valoir leurs droits lors d’une procédure contradictoire pourtant censée être privilégiée. Iels ont découvert au petit matin qu’un juge avait ordonné l’expulsion de leur lieu de vie.
Enfin, non contentes d’avoir procéder à une expulsion de grande ampleur, selon une procédure déloyale et d’avoir déplacé des centaines de personnes, les autorités détruisent le paysage. Dans les jours qui ont suivi l’expulsion, les arbres ont été coupés, la terre a été retournée, plus de cent tonnes de rochers ont été déversés sur le terrain.
Pour autant, plus de 400 personnes habitent encore le lieu et la menace d’une expulsion plane au-dessus d’elles.
Ce billet est un extrait de la note d’observation de janvier 2026 rendant compte des violences d’Etat à la frontière franco-britannique.
HumanRightsObservers ; abonné de Mediapart