Cela se passe au lycée strasbourgeois Fustel de Coulanges
Voilà un texte envoyé à la communauté éducative
Ce texte fait suite à l’intervention des forces de l’ordre pour réprimer une manifestation pacifique de lycéens devant le lycée des Pontonniers et dont le bilan est :
un jeune gazé à bout portant transféré aux urgences,
un jeune présentant des marques de coups et de strangulation,
un jeune cherché chez lui par 6 policiers armés et placé en garde à vue pendant 14h
et de nombreux autres jeunes rentrés chez eux psychologiquement choqués
A vous, la communauté éducative, représentante du savoir, en charge de l’apprentissage à l’exercice de la pensée et modèle pour nos enfants :
Ils étaient quelques-uns, entre 15 et 17 ans à vouloir manifester leur très légitime indignation face aux massacres sans précédent perpétrés à Gaza. Quelques jeunes qui, plutôt que de s’abrutir de jeux videos, utilisent les réseaux sociaux pour tenter de comprendre le monde dans lequel ils vivent.
Ceux là ne broient pas du noir dans leur chambre, ne harcèlent pas leurs camarades, ne se terrent pas pour échapper à la violence des autres, ne trafiquent pas, ne se battent pas pour tenter d’exister.
Ceux là se réunissent pour réfléchir à leur place dans le monde, à la façon de ne pas se laisser engloutir par le désespoir ambiant.
Ce sont des enfants dont nous pouvons espérer, nous les psy, n’avoir pas à nous occuper, parce qu’ils cherchent et trouvent par eux-mêmes leur manière de vivre et de résister.
Ces quelques jeunes ont fait le choix de passer leur désarroi adolescent, leur fureur de vivre et leur indignation face à l’ineptie des adultes, dans une forme, somme toute très codifiée, de protestation : bloquer pacifiquement l’entrée de leur lycée de centre ville.
Mais à leur mouvement, il a été décidé de répondre par l’envoi de CRS, lesquels se sont sentis autorisés à frapper.
Que fait-on là ? Quelle modèle leur donne-t-on ?
Leur apprend-on qu’avoir des idées mérite répression et violence ? Oublie-t-on que lorsque l’on a 15 ans, 16 ans, 17 ans, on apprend encore de ses aînés ? Oublie-t-on ce que l’on fait en leur montrant que, quand on n’est pas d’accord il suffit d’utiliser la force ?
Quel est ce monde que l’on façonne et que cherche-t-on à faire de nos enfants ?
Ils étaient quelques uns entre 15 et 17 ans avec des rêves de changer le monde, ces rêves qui permettent de grandir et de se construire. Ils sont peut-être aujourd’hui en train de ravaler leur hargne contre les adultes qui n’ont su que piétiner leurs rêves au nom du maintien de l’ordre.
Que deviendra cette hargne que le système a produite et dont personne ne semble s’inquiéter ?
Dans ce contexte, nous tenions à dire notre reconnaissance du fait que le lycée Fustel ait su, dans l’ensemble, garder calme et dignité et ainsi témoigner à ses élèves de l’importance du respect du droit et de la liberté de chacun.
Anouk et Emmanuel Roquet, psychologue et psychiatre, et parents d’élève.