
Jeunes brûlés Crans-Montana / Gaza
Écrire c’est oser dire, oser interpeller le monde dans lequel on vit. Il y a des vies qui valent plus que d’autres et on le sait tous. Cessons l’hypocrisie et regardons le monstre dans les yeux, sans sourciller.
Chaque hiver, je passais quelques jours à Crans-Montana avec ma famille qui comprend beaucoup de jeunes qui auraient pu se retrouver dans cet enfer de feu et de flammes. L’incendie du bar Le Constellation m’a beaucoup touchée et émue. Voir tous ces jeunes brûlés, blessés, disparus est insoutenable, on souffre avec les parents.
Ce qui me touche encore plus, c’est de lire les statistiques des enfants morts, à Gaza. Selon les dernières estimations, plus de 50 000 enfants ont été tués ou blessés dans la bande de Gaza depuis octobre 2023. En mai 2025, l’UNICEF avait signalé que 1 309 enfants avaient été tués et 3 738 blessés depuis la fin du cessez-le-feu le 18 mars. Un million d’entre eux auraient été déplacés. Des chiffres probablement sous-estimés.
Tous ces enfants blessés et qui ont connu la mort par brûlures après le largage des bombes israéliennes n’émeut que très peu de monde. Ils souffrent de cette indifférence meurtrière qui permet de donner plus de valeur à certaines vies qu’à d’autres.
L’empathie à deux vitesses, la compassion ciblée selon le statut, l’origine, la nationalité me laissent songeuse sur ce monde devenu aberrant car ce génocide à Gaza équivaut à des milliers de bars Le Constellation qui détruiraient des vies de jeunes, jour et nuit.
Les médias surenchérissent sur le drame de Crans-Montana, une course absurde à l’audience maximale, et pratiquent le silence sur ces autres enfants qui meurent. Une presse à sensation qui fait honte à l’humanité et qui manque de respect face aux familles endeuillées tant elle fait du bruit. Une inégalité dans le traitement de l’information monstrueuse et révoltante.
Alors, prions nos jeunes morts ainsi que ceux qui disparaissent dans le plus éclatant silence, dans le plus profond mépris, dans l’ultime indifférence.
Alors, prions pour la paix pour tous ces enfants de Palestine et d’ailleurs qui meurent et pas pour les mêmes raisons, mais le drame reste entier.
Alors, et de toute urgence prions pour que nous redevenions des humains à la pleine empathie, à la capacité de s’indigner, ayons de l’amour et de la compassion pour tous ces jeunes qui disparaissent.
Ils sont notre avenir, ils étaient notre avenir.
Djemâa Chraïti ; Écrivaine et journaliste ; Abonnée de Mediapart