La nouvelle doctrine de sécurité nationale

La comprendre avec ses implications

Dans cet entretien, Éric Toussaint analyse le document qui expose la « nouvelle doctrine de sécurité nationale » des États-Unis en le situant dans son contexte historique, économique et idéologique. Il met en évidence ses implications majeures, et éminemment dangereuses, pour les relations internationales, les peuples et les mouvements émancipateurs.

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https://www.contretemps.eu/etats-unis-nouvelle-doctrine-securite-nationale-imperialisme-trump-fascisme/#_ftnref8

Extraits

La publication, début décembre 2025, de la « nouvelle doctrine de sécurité nationale » des États-Unis marque une rupture brutale par son caractère ouvertement militariste, autoritaire et idéologiquement réactionnaire. Sous couvert de réalisme stratégique, l’administration Trump assume désormais une logique de domination impériale décomplexée, nourrie de références néofascistes, de déni climatique et de rejet explicite des droits humains et du multilatéralisme.

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Contretemps : Peux-tu placer dans son contexte historique la publication par la Maison Blanche de la nouvelle doctrine en matière de politique internationale des États-Unis ?

Éric Toussaint : Il faut situer la publication de ce document début décembre 2025 dans le contexte de ce que Gilbert Achcar appelle la Nouvelle Guerre froide, qu’il a analysé dans son livre qui porte le même « nom ». Gilbert Achcar fait remonter le début d’une nouvelle guerre froide à la fin des années 1990 quand les Etats-Unis se sont lancés dans une expansion de l’OTAN par l’accélération de l’intégration d’anciens pays du bloc de l’Est et par l’extension de son aire d’intervention : des pays de l’ex-Yougoslavie et quelques années plus tard l’Afghanistan.

Gilbert Achcar montre bien que les choix faits par Washington ont fait débat entre stratèges étasuniens et que ce sont les faucons qui l’ont emporté sachant que cela ne pouvait que provoquer des réactions négatives du Kremlin. Vladimir Poutine à la tête de la Russie a développé un chauvinisme grand-russe avec la volonté d’augmenter son aire d’influence ou de contrôle à d’anciennes parties de l’URSS avec des références à la grandeur passée de la Russie des tsars.

Avec le retour de Donald Trump à la Maison blanche depuis début 2025 pour un nouveau mandat, la politique agressive de Washington appliquée depuis plus de 25 ans prend une tournure encore plus accentuée. L’augmentation dramatique des dépenses militaires qui avait débuté internationalement depuis plus d’une dizaine d’année connaît un saut qualitatif.

Ceux qui à gauche, au cours des dernières décennies, ont affirmé que le système capitaliste mondial avait dépassé le stade classique des impérialismes et qu’on était passé à un super impérialisme conduit principalement par des multinationales, dont les attaches avec leur État d’origine se seraient profondément altérées et distendues, se sont trompés.

L’évolution du monde capitaliste reste dominée par la politique des États les plus puissants. La phase dite de globalisation/mondialisation soi-disant vertueuse (selon la version apologétique mise en vogue notamment par le forum de Davos et la plupart des gouvernements) avec internationalisation des chaînes de production incluant la Chine et les puissances du G7 (et partiellement la Russie intégrée au G8 jusque 2014-2015), l’augmentation du libre-échange, est derrière nous.

De nombreux conflits armés jalonnent l’histoire depuis la seconde guerre mondiale, ils ont y compris existé durant la courte période (une partie de la décennie 1990) ayant suivi la guerre froide et se sont amplifiés durant la nouvelle guerre froide qui a commencé à la fin des années 1990.

Les grandes puissances impérialistes sous la conduite des États-Unis ont repris le chemin qui mène à des guerres internationales, voire mondiales. La Russie, par l’invasion de l’Ukraine en 2022, a apporté des arguments à Washington pour accélérer et accentuer sa politique guerrière. 

La Russie dirigée par Vladimir Poutine, puissance capitaliste et impérialiste de second rang mais qui dispose de l’arme nucléaire et d’énormes ressources fossiles, a cru pouvoir profiter des échecs des États-Unis et de l’OTAN en Afghanistan et au Proche Orient pour réussir une invasion massive de l’Ukraine en 2022.  Mais il a fait un mauvais calcul de son point de vue et n’a pas prévu que le peuple ukrainien allait massivement résister. Poutine a pensé que le régime de Zelenski (qui est un régime néolibéral appliquant les recettes du FMI et de la Banque mondiale) allait s’effondrer et que les victoires militaires allaient être rapides et irréversibles.

Les puissances impérialistes occidentales ont mis en avant leurs propres intérêts et l’OTAN s’est renforcé grâce à l’adhésion de la Finlande en 2023 et de la Suède en 2024. Par contre, les sanctions contre la Russie ont eu peu d’effets et la guerre qui se poursuit sert de justificatif à une augmentation massive des dépenses militaires des pays d’Europe centrale et occidentale et à une réactivation de dispositifs de combat et de déploiement à l’étranger de leurs armées, le tout sous le leadership incontesté et arrogant de Washington.

De leur côté, les États-Unis, sous la conduite de Trump au cours de son deuxième mandat, ont considéré que leur offensive ne devait pas porter directement contre la Russie mais bien contre la Chine qui représente une puissance concurrente autrement plus puissante économiquement et politiquement que la Russie. Cela est énoncé clairement dans le document de stratégie de sécurité nationale rendu public début décembre 2025 par le gouvernement à Washington.

Contretemps : En quoi les problèmes économiques aiguisent-ils les tensions ? 

Éric Toussaint : Le capitalisme à l’échelle mondiale est en crise et n’a pas été capable de retrouver un rythme de croissance soutenu, au point que l’on peut parler comme l’économiste Michael Roberts de longue dépression. Nous ne sommes pas du tout des adeptes de la croissance mais, du point de vue du capitalisme, le fait de ne pas pouvoir renouer avec une croissance soutenue constitue un véritable problème pour garantir l’accumulation massive de profits. Cette crise particulièrement forte dans les anciennes puissances impérialistes (= le G7) exacerbe les tensions entre le bloc dominé par Washington, d’une part, et, d’autre part, la Chine qui maintient une croissance soutenue même si celle-ci décélère.

La préparation (et la réalisation) de conflits armés internationaux fait partie des réponses que les classes capitalistes des différentes puissances utilisent périodiquement pour trouver une réponse aux crises économiques et à la recherche d’expansion ou de maintien de leur influence. On l’a vu à plusieurs reprises au 19e et au 20e siècles. 

Contretemps : Que dit le document de stratégie de Trump à propos de l’armée des États-Unis et du recours à la force ?

Éric Toussaint : Trump n’hésite pas à adopter un ton guerrier :

« Nous voulons recruter, former, équiper et déployer l’armée la plus puissante, la plus meurtrière (« lethal ») et technologiquement la plus avancée au monde pour protéger nos intérêts, dissuader les guerres et, si nécessaire, les remporter rapidement et de manière décisive, avec le moins de pertes possible pour nos forces.

Et nous voulons une armée où chaque militaire est fier de son pays et confiant dans sa mission.

Nous voulons la dissuasion nucléaire la plus robuste, la plus crédible et la plus moderne au monde, ainsi que des systèmes de défense antimissile de nouvelle génération, y compris le Dôme d’or pour le territoire américain, afin de protéger le peuple américain, les intérêts américains à l’étranger et les alliés des États-Unis. » NSS 2025 , p. 3.

A plusieurs endroits du texte, il est indiqué que les États-Unis s’attribue le droit de mener où bon leur semble des opérations militaires et de continuer recourir à la force pour défendre leurs intérêts. Trump se vante d’ailleurs dans l’introduction du document de l’intervention militaire en Iran contre des installations nucléaires civiles. Il écrit « nous avons détruit la capacité d’enrichissement nucléaire de l’Iran » (« we obliterated Iran’s nuclear enrichment capacity »).

Au cours de l’année 2025, en violation du droit international, il a eu recours systématiquement à la force que ce soit en mer Caraïbe contre le Venezuela (sous le prétexte de la lutte contre le trafic de drogue), au Yémen, en Syrie, au Nigeria,… sans oublier bien sûr le soutien indéfectible à l’armée israélienne et au gouvernement néofasciste de Netanyahu dans l’accomplissement d’un véritable génocide contre le peuple palestinien. Début janvier 2026, il a ordonné une agression militaire de grande envergure contre le Venezuela, a séquestré le couple présidentiel, l’a fait conduire à New York pour le traduire devant la justice des États-Unis pour des accusations fallacieuses et a annoncé qu’il prenait le contrôle des ressources pétrolières du pays.

Quand l’administration Trump aborde la situation dans la région indo-pacifique, on voit très clairement que les États-Unis menacent d’utiliser la force contre la Chine si Washington considère que ses intérêts sont en jeu. On voit qu’il prépare comme un des prétextes possibles pour justifier une action militaire la nécessité de maintenir la libre circulation en mer de Chine ou ailleurs. 

Contretemps : Trump n’affirme-t-il pas que les Etats-Unis ont payé la facture de la défense de ses alliés et en particulier des pays membres de l’OTAN ?

Éric Toussaint :  Effectivement, Trump adopte une narration tout à fait mensongère quand il écrit que les administrations précédentes : « ont permis à leurs alliés et partenaires de faire supporter le coût de leur défense au peuple américain » (« They allowed allies and partners to offload the cost of their defense onto the American people ») NSS 2025 ,p. 1

C’est factuellement faux et cela sert à justifier la pression exercée par Trump sur ses alliés qu’il traite comme des vassaux pour les amener à accélérer l’augmentation des dépenses militaires qu’ils avaient déjà entamé depuis une dizaine d’années. Dans le NSS 2025 à la page 12, il est affirmé que :

« Le président Trump a établi une nouvelle norme mondiale avec l’Engagement de La Haye, qui engage les pays de l’OTAN à consacrer 5 % de leur PIB à la défense, engagement que nos alliés de l’OTAN ont approuvé et qu’ils doivent désormais respecter. » NSS 2025 , p. 12

Effectivement, comme le public a pu le constater, le secrétaire général de l’OTAN, l’ancien Premier ministre hollandais Rutte, a déclaré grosso modo devant Trump lors d’un sommet de l’Alliance atlantique à La Haye en juin 2025: « Papy a raison de se fâcher contre les membres de sa famille quand ils ne se comportent pas bien ».

C’était l’exemple même d’un comportement de vassal européen à l’égard du président des États-Unis. Et un mois plus tard, fin juillet 2025, la présidente de l’UE, Ursula von der Leyen a elle-même fait acte de soumission en se rendant sur les terres de son suzerain en Écosse. Elle s’est réunie avec Trump sur un terrain de golf lui appartenant pour lui promettre que l’UE allait effectivement acheter plus d’énergies fossiles et plus d’armes à l’oncle Tom et pour se soumettre à son bon vouloir en ce qui concerne l’augmentation des tarifs douaniers.

Le fait que les alliés des États-Unis et notamment les membres de l’OTAN auraient profité financièrement de la générosité de Washington est une énorme contre vérité. En effet, les États-Unis entretiennent plus de deux cent vingt grandes bases militaires permanentes hors de leur territoire afin d’exercer leur domination sur une très grande partie de la planète. En tout, selon le Pentagone, les États-Unis disposent de plus de 700 sites militaires dans 80 pays dont plus de 220 bases militaires permanentes avec un nombre conséquent de militaires.

Les bases étasuniennes à l’étranger représentent 80 % des bases étrangères dans le monde. C’est beaucoup plus que tout autre pays. Par exemple, la Russie dispose d’une vingtaine d’installations militaires permanentes à l’étranger soit dans des pays de l’ex-URSS soit en Syrie pour un total de 15 à 20.000 soldats. La Chine dispose d’une seule base militaire permanente à l’étranger, à Djibouti avec officiellement 400 militaires chinois.

Les États-Unis maintiennent en permanence plus de 250.000 militaires en dehors de leur territoire dont plus de 50.000 au Japon, 35.000 en Allemagne, 22.000 en Corée du Sud, 12.000 en Italie, 10.000 en Grande Bretagne… Comme le personnel effectue des rotations, cela représente un volume beaucoup plus grand.  Les grandes entreprises capitalistes des États-Unis en tirent un très grand profit, en particulier celles du complexe militaro-industriel car elles fournissent le matériel militaire et leur entretien.

Trump ment au peuple américain en essayant de lui faire croire que c’est avec l’argent des contribuables des États-Unis que Washington a financé la protection des alliés étrangers. En fait, si on veut calculer le coût net de la présence étatsunienne à l’étranger, il faut prendre en compte ce qui est dépensé réellement par les États-Unis à l’étranger au niveau de sa présence militaire en personnel, en fonctionnement et en armement. En effet, de nombreux pays paient une partie de la présence US sur leur territoire. Le Japon finance à 70% la présence US (ou l’occupation US de son territoire), l’Allemagne prend en charge entre 20 et 30%, l’Italie 30 et 40%, la Grande Bretagne paie de 20 à 25%. 

Il est également fondamental de prendre en compte les achats d’armement à des entreprises américaines effectués par les pays où sont présentes les troupes des États-Unis. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), 64 % des importations d’armement des alliés européens proviennent des États-Unis pour la période 2020-2024 (Source : Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, SIPRIhttps://www.sipri.org/publications/2025/sipri-fact-sheets/trends-international-arms-transfers-2024 ).  

De toute façon, les dépenses militaires américaine à l’étranger servent directement ses intérêts et ne représentent aucune forme de générosité ou de solidarité. Les agressions ou interventions militaires des États-Unis aux quatre coins de la planète ont été multiples et ont toujours été au service des intérêts de ses grandes entreprises privées et de la classe capitaliste étasunienne. 

Ces interventions ont servi à renverser ou à tenter de renverser des régimes progressistes (Cuba, Saint Domingue, Vietnam, Grenade,…) ou des gouvernements devenus gênants comme celui de Saddam Hussein en Irak ou des Talibans en Afghanistan. Les interventions militaires des États-Unis depuis la fin de la seconde guerre mondiale sont responsables de millions de morts. Elles ont permis aux États-Unis de prendre le contrôle de territoires particulièrement riches en matières premières et notamment en pétrole. 

Contretemps : En même temps, comment se fait-il que Trump se présente comme un faiseur de paix ?

Éric Toussaint : Effectivement, Trump se présente comme le président de la paix et cela vaut la peine de partir du passage de son texte où il énumère ses prétendus succès afin de comparer les faits à ses mensonges. 

« Le président Trump a consolidé son héritage en tant que président de la paix. Outre le succès remarquable obtenu lors de son premier mandat avec les accords historiques d’Abraham, le président Trump a mis à profit son talent de négociateur pour garantir une paix sans précédent dans huit conflits à travers le monde au cours des huit derniers mois de son second mandat. Il a négocié la paix entre le Cambodge et la Thaïlande, le Kosovo et la Serbie, la RDC et le Rwanda, le Pakistan et l’Inde, Israël et l’Iran, l’Égypte et l’Éthiopie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et a mis fin à la guerre à Gaza avec le retour de tous les otages vivants auprès de leurs familles. »

En réalité, les accords d’Abraham en 2020 ont permis au gouvernement néofasciste de Netanyahu de renforcer, grâce à Washington, sa position internationale par la normalisation de ses rapports avec plusieurs États arabes : les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn, le Soudan et le Maroc. Cela a permis à Israël de renforcer le régime d’apartheid et d’opprimer encore plus le peuple palestinien avant de passer à la phase du nettoyage ethnique et du génocide. 

Alors que le gouvernement néofasciste de Netanyahu est en train de perpétrer un génocide contre le peuple palestinien commencé depuis la fin 2023 avec l’appui total de Washington (cela a commencé sous l’administration de Biden), Trump a le culot d’affirmer qu’il a obtenu la paix à Gaza.

Concernant les autres accords de paix auxquels Trump seraient parvenus, on sait que la paix n’est pas établie ni entre la Thaïlande et le Cambodge,  ni entre la RDC et le Rwanda dans la région des Grands lacs, ni entre Israël et l’Iran,… On sait également que l’Inde n’accepte pas le rôle que s’attribue Trump dans la fin provisoire du conflit entre l’Inde et le Pakistan en mai 2025. Et on ne peut pas parler à proprement parler de paix entre l’Égypte et l’Éthiopie car il n’y avait pas de conflit armé entre ces deux pays. 

Et dans ce passage Trump n’évoque pas les parties du monde où il est directement responsable d’agressions comme c’est le cas à l’égard du Yémen, du Venezuela, ou au Nigéria… Enfin, il se tait sur la guerre entre l’Ukraine et la Russie alors qu’il avait promis s’il était élu de réaliser la paix en un temps record. 

Contretemps : Quelle est la position Trump sur la mondialisation et le libre échange ?

Éric Toussaint :  Trump, dès l’introduction, critique les administrations précédentes et ce qu’il appelle « les élites de la politique étrangère américaine » qui « ont fait des paris extrêmement malavisés et destructeurs sur la mondialisation et le soi-disant « libre-échange », ce qui a érodé la classe moyenne et la base industrielle mêmes sur lesquelles repose la prééminence économique et militaire américaine. » NSS 2025, p. 1

Si Trump est à ce point protectionniste et agressif en matière de droits de douane, c’est que l’économie des États-Unis a perdu énormément en compétitivité et que sur le marché mondial et intérieur, les industries locales ne sont plus en mesure de répondre à la concurrence des produits chinois et d’autres pays. La Chine dispose d’avantages compétitifs structurels, notamment des avantages décisifs de coûts (dus en partie aux salaires chinois inférieurs aux salaires aux États-Unis) et d’échelle.

Dans certains secteurs clés, elle a acquis un avantage technologique partiel ou sectoriel (véhicules électriques, par exemple). Ces avantages lui permettent de pratiquer des prix inférieurs à ceux des producteurs étatsuniens. La Chine, dans ses échanges commerciaux avec les États Unis, est gagnante car elle peut placer ses produits à des prix inférieurs à ceux des produits équivalents réalisés aux États-Unis. C’est le cas dans des domaines comme les véhicules électriques, les panneaux solaires, le matériel informatique, etc.

L’OMC est paralysée suite à l’action du président Trump au cours de son premier mandat. Dès 2017, l’administration Trump a refusé de nommer de nouveaux juges pour faire partie de l’organe d’appel (Appellate Body) de l’OMC. Cette sorte de “cour suprême” du commerce international tranche les litiges entre États une fois qu’un premier panel a statué. Comme cet organe est bloqué depuis 2017, l’OMC est  mise hors d’état de fonctionner.

De son côté, la Chine est devenue une fervente avocate du libre-échange, des traités de libre commerce, des règles de l’OMC, de la libre concurrence tandis que les États-Unis, suivis par l’UE, la GB, le Canada, sont devenus de plus en plus protectionnistes et utilisent les tarifs douaniers pour rendre les produits chinois et d’autres concurrents plus coûteux.   

Contretemps : Quelle position Trump adopte-il par rapport à la crise écologique ?

Éric Toussaint : Alors que la crise écologique et sa dimension climatique prennent des proportions de plus en plus catastrophiques, Trump comme d’autres gouvernements d’extrême-droite est dans le déni pur et simple.

On peut lire dans le NSS 2025 :

« Nous rejetons les idéologies désastreuses du « changement climatique » et du « zéro émission nette » qui ont tant nui à l’Europe, menacent les États-Unis et subventionnent nos adversaires. » NSS 2025, p. 14

Trump ne met pas des gants et affirme qu’il veut :

« – Restaurer la domination énergétique américaine (pétrole, gaz, charbon et nucléaire) et relocaliser la production des composants énergétiques clés est une priorité stratégique absolue. Une énergie bon marché et abondante permettra de créer des emplois bien rémunérés aux États-Unis, de réduire les coûts pour les consommateurs et les entreprises américains, d’alimenter la réindustrialisation et de maintenir notre avantage dans les technologies de pointe telles que l’IA.

L’augmentation de nos exportations nettes d’énergie renforcera également nos relations avec nos alliés tout en limitant l’influence de nos adversaires, protégera notre capacité à défendre nos côtes et, le cas échéant, nous permettra de projeter notre puissance. » NSS 2025, p. 14

La politique de l’administration Trump, qui a quitté les Accords de Paris et boycotté la COP30 tenue au Brésil en novembre 2025, va aggraver la crise écologique en augmentant l’extraction et la production d’énergies fossiles.

Contretemps : Dans le NSS 2025, Trump se réfère-t-il aux « droits humains » ?

Éric Toussaint : Dans le NSS 2025, on ne trouve aucune référence à la promotion ou au respect des droits humains. C’était déjà le cas dans le NSS 2017 du premier mandat de Trump.

Dans le document NSS 2025, n’apparaît pas une seule fois les mots « droits humains », pas une seule fois  « protection sociale », pas la moindre trace des mots « droits sociaux ».  Les auteurs de ce document stratégique ont délibérément évacué totalement ces notions du document  stratégique.

Il est clair que de manière systématique, les différents gouvernements des Etats-Unis, qu’ils soient démocrates ou républicains ont eu recours au prétexte de la promotion des droits humains pour mener des actions qui piétinaient les droits humains et violaient la charte des Nations unies. A noter que dans le NSS 2015 publié par l’administration de B. Obama, « droits humains » apparaissaient 9 fois et dans le NSS 2022 de Joe Biden, « droits humains » apparaissaient 20 fois. 

Dans sa critique de la Chine ou de la Russie, Trump n’utilise plus la rhétorique hypocrite des droits humains. Dans le cas des Etats-Unis, Trump se réfère uniquement aux « droits naturels de ses citoyens, dons de Dieu, » (« the God-given natural rights of its citizens”) (NSS 2025, p. 3). Dans le même sens, plus loin dans le document, il énonce que « tous les êtres humains possèdent des droits naturels égaux donnés par Dieu » (« all human beings possess God-given equal natural rights ») (NSS 2025, p. 9).

Et dans le cas des Monarchies dictatoriales du Golfe, plus question de parler de démocratisation, le NSS 2025 énonce que « cela nécessitera d’abandonner l’expérience malavisée des États-Unis qui consiste à faire pression sur ces nations – en particulier les monarchies du Golfe – pour qu’elles abandonnent leurs traditions et leurs formes de gouvernement historiques »[9] NSS 2025 , p. 28.

En résumé, ce qui est nouveau avec Trump, c’est l’abandon pur et simple de la rhétorique sur la promotion des droits humains, le respect du droit international et des traités internationaux en matière de droits humains,… 

C’est d’ailleurs cohérent avec les attaques que le NSS 2025 contient contre les institutions onusiennes… Dès la page 2, du NSS 2025, Trump dénonce les précédentes administrations qui :

« ont lié la politique américaine à un réseau d’institutions internationales, dont certaines sont animées par un anti-américanisme pur et simple et beaucoup par un transnationalisme qui cherche explicitement à dissoudre la souveraineté des États ».

Sans qu’elles soient nommées dans ce document, on sait que Trump s’en prend régulièrement dans ses discours à l’ONU, à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), à l’UNESCO, à l’UNRWA (Agence de secours et de travaux pour les réfugiés palestiniens de l’ONU),  à l’OCHA (bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU), au HCR (Haut-Commissariat pour les réfugiés), à l’UNICEF (fonds pour l’enfance), à la  FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture), au  Programme alimentaire mondial (PAM / WFP), au Haut-Commissariat aux droits de l’homme (OHCHR), à la Cour pénale internationale (CPI), à la Cour de justice de La Haye…

Il a d’ailleurs décidé que les Etats-Unis se retiraient de plusieurs de ses institutions, coupaient leur financement et / ou ne reconnaissaient plus leur compétence. Le 7 janvier 2026, Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de 66 organisations internationales, dont 31 organisations onusiennes (Source: White House ).

A noter également que dans le NSS 2025, il n’y a aucune référence aux droits des peuples à l’autodétermination ou aux droits des peuples à exercer leur souveraineté sur les ressources naturelles de leurs territoires car ces droits universels présents dans différents traités des Nations unies sont en contradiction directe avec la politique internationale de Trump. 

Contretemps : A propos des droits humains, qu’en est-il de la position de Trump sur les droits des migrant·es ?