Des poèmes lus à l’hôpital

Pour éveiller les nouveau-nés

« Des textes rythmés, très mélodiques, qui aident au développement du langage »

Depuis septembre, une bénévole vient, un mardi sur deux, lire des poèmes aux bébés du service de réanimation néonatale de l’hôpital Robert Debré, dans le 19e arrondissement de Paris. Des nourrissons souvent prématurés, très fragiles, que la lecture stimule mentalement, tout en les apaisant.

On n’entend presque aucun bruit dans le couloir du service de réanimation néonatale situé au troisième étage de l’hôpital Robert Debré, dans le 19e arrondissement de Paris. Les 30 bébés accueillis ici sont fragiles et pleurent peu. Seuls des bips sont audibles. Eux ne s’arrêtent jamais. Ce sont des alarmes qui indiquent en permanence aux infirmiers l’état de santé des nouveau-nés. « Les enjeux de vie et de mort sont permanents autour de nous », explique Mathilde Toulot, une bénévole qui vient faire la lecture aux nouveau-nés un mardi sur deux dans le service.

Elle tient dans ses mains un recueil d’une soixantaine de pages qu’elle a édité(Nouvelle fenêtre), intitulé À toi qui es là, et qui rassemble des poèmes d’auteurs contemporains. Au fond du couloir, la chambre 23 est celle de Waarys. Elle toque à la porte puis se présente : « Si vous avez envie, on peut lire un peu de poésie à votre bébé », explique-t-elle à la maman. À 29 semaines, Waarys, blotti dans son drap blanc, est un grand prématuré, né deux mois et demi avant le terme. Il pèse à peine plus d’un kilo. « Waarys, je m’appelle Mathilde et si tu es d’accord, je vais te lire un poème d’Albane Gellé qui s’appelle Sais-tu« , débute la bénévole d’une voix douce. Et elle se met à lire.

« Sais-tu qu’en toi Waarys, il y a déjà l’été, l’automne, l’hiver et le printemps… » ; Mathilde Toulot, bénévole ; Extrait d’un poème d’Albane Gelée

Waarys écoute, suce sa tétine, qui passe juste sous la sonde qui l’alimente. Ses petits yeux gris foncé sont grands ouverts. Célia, sa maman est étonnée : « D’habitude la journée, il dort tout le temps, confie-t-elle. Il ne réagit pas autant quand je lis des livres ». Elle prend le relais de la lecture. « Il existe des couleurs, jaune, rouge, jaune, vert et bleu. Tu les apprendras… » Sur l’oscilloscope, au-dessus du berceau, le rythme cardiaque de Waarys est passé de 165 à 145 battements par minute et sa respiration s’est calmée.

Célia est au bord des larmes. Elle était juste venue pour une échographie. « Vingt minutes avant, je ne savais pas que j’allais accoucher, raconte-t-elle. « On m’a gardée. À 13h30, je suis allée au bloc. C’était vraiment une surprise. À 29 semaines, personne ne s’attend à accoucher ». Cette lecture offre un moment d’apaisement après cette épreuve, pour le nourrisson comme pour sa maman, qui se termine toujours par un cadeau : le livre est offert, avec une dédicace sur la première page.

Des poèmes « thérapies », qui suscitent les connexions neuronales

Pour Waarys, arrivé il y a deux semaines, c’était sa première lecture. Mais il y a aussi des bébés pour qui les poèmes sont devenus des thérapies qui les aident à supporter la prématurité. « Curtis, c’est un champion, nous présente Mathilde. Il est né très grand prématuré et il est toujours là ». Curtis est né à 5 mois et demi. Il est à l’hôpital depuis 44 jours, dans la pénombre, couvert de tuyaux et de tubes, en peau à peau avec sa maman, allongée sur un fauteuil vert. Mathilde vient les voir pour la troisième fois de la journée. La maman a lu tous les poèmes du livre. « Beaucoup m’ont fait du bien, dit-elle. C’étaient des messages d’espoir et ça nous a beaucoup aidés ».

« On a vu aussi dans les études que la voix de la maman avait un effet antidouleur, elle permet de diminuer le seuil d’activation de la douleur chez le bébé. » Adèle Boulanger, orthophoniste à l’hôpital Robert Debré

« On recommande fortement aux parents de lire, ou même juste parler, chanter…, livre Adèle Boulanger, orthophoniste à l’hôpital Robert Debré. C’est déjà une très belle chose qu’ils peuvent faire avec leur bébé à ce moment-là ». Les lectures soulagent sur l’instant et sont aussi bénéfiques pour les années à venir. « Ça va être des textes qui sont très rythmés, très mélodiques et c’est vraiment un précurseur au développement du langage, poursuit l’orthophoniste. Quand on s’adresse à un tout petit bébé qui a encore ses organes immatures, ça va permettre d’avoir des connexions neuronales qui vont développer les compétences langagières à venir ».

La Finlande a créé un programme « Lue Lapselle » (en français « lire à l’enfant »), pour cette raison. Des livres sont distribués à tous les nouveau-nés. Le dispositif est financé depuis 2022 par le gouvernement.

franceinfo.fr