Procès des inculpé·es du 15 juin 2021 à Limoges

Pour des choix démocratiques face à l’emprise numérique

Soutien à Anne et Fernando

Chaque jour des atteintes irréversibles à l’environnement sont commises, souvent en toute illégalité, pour la recherche du pro fit maximum. Des chantiers commencent sans autorisation,

des technologies s’imposent sans être encadrées par des lois protégeant les populations.

Les Ecologistes s’inquiètent des conséquences tant environnementales que sociales de la fuite en avant numérique. L’intelligence artificielle impose à chacun des changements

civilisationnels, sans débat ni décision collective, sans réglementation protectrice de l’individu.

Les Ecologistes refusent toute forme d’action violente. Ils soutiennent les actions menées au nom des libertés individuelles, sociales ayant pour objet la protection de la santé publique.

Le 15 juin 2021, tous les moyens de l’antiterrorisme étaient déployés en Haute-Vienne et en Creuse. Six personnes étaient brutalement interpelées dans la précipitation et la

communication à outrance. Mais aujourd’hui, face à la réalité des faits, quatre d’entre elles ont été mises définitivement hors de cause. Deux personnes seront jugées à Limoges les 19 et 20 mars prochain, Anne et Fernando.

Le procès qui aura lieu est aussi celui des effets dévastateurs des technologies du numérique, de la mise à l’écart de ceux qui ne peuvent suivre, de la main-mise de quelques milliardaires

sur des outils imposés à chacun.

Aujourd’hui c’est bien la réflexion, le débat, qui sont absolument nécessaires, et non la répression. C’est le sens que Anne et Fernando ont souhaité donner à leur procès et c’est

pourquoi les Ecologistes du Limousin leur expriment tout leur soutien.

Les Ecologistes Limousin

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Le Tribunal de Limoges vient de rendre sa décision dans l’affaire des inculpés du 15 juin 2021, dite « Affaire des Antennes ».

Ce jour-là, tous les moyens de l’antiterrorisme étaient déployés en Haute-Vienne et en Creuse. Six personnes étaient brutalement interpelées dans la précipitation et la communication à outrance. Des années de contrôle judiciaire particulièrement éprouvantes avaient suivi pour trois d’entre elles. Finalement, seules deux personnes, Anne et Fernando, étaient jugées les 19 et 20 mars dernier, les autres ayant été définitivement mises hors de cause.

Les inculpé·e·s et leur comité de soutien ont voulu que ce procès soit celui du déferlement numérique imposé, et de ses effets dévastateurs sur l’environnement et les sociétés humaines. L’audience des 19 et 20 mars a ouvert ce débat, avec l’audition de nombreux témoins de grande qualité.

Les Écologistes partagent cette préoccupation. « Nous alertons sur les conséquences tant environnementales que sociales de la fuite en avant numérique. Cette fuite impose des changements civilisationnels, sans débat démocratique ni décision collective, sans réglementation protectrice de l’individu » déclare Arnaud Chapal, porte-parole des Écologistes du Limousin.

Les Écologistes appellent à poursuivre ce débat, en tout lieu décisionnel, en utilisant tous les moyens démocratiques et en prenant acte de la condamnation de deux lanceurs d’alerte, dont la peine, avec sursis, révèle l’embarras du tribunal.

Les Écologistes Limousin

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Nous avons régulièrement parlé dans nos pages de « l’affaire du 15 juin » qui a mené au jugement les 19 et 20 mars dernier à Limoges de deux personnes poursuivies pour association de malfaiteurs suite à des sabotages et incendies visant des antennes-relais. Le comité de soutien nous a transmis ce compte rendu d’audience qui revient sur les débats mais aussi sur la mobilisation qui a précédé et accompagné l’audience.

Un procès du déferlement numérique

Les 19 et 20 mars 2026 à Limoges, deux personnes étaient convoquées devant la justice, à la suite d’une enquête de plusieurs mois menée « avec les moyens de l’antiterrorisme » et d’un contrôle judiciaire de près de cinq ans, pour répondre d’accusations de « dégradations de biens par des moyens dangereux pour les personnes » et d’« association de malfaiteurs ». Les faits incriminés étaient des sabotages par incendie (véhicules et antennes-relais) réalisés en opposition au déploiement du compteur Linky et de la 5G, en février 2020 et janvier 2021. Les personnes convoquées risquaient 10 ans de prison et des centaines de milliers d’euros d’amendes. Le comité de soutien et les inculpé·es ont fait de ce procès une tribune contre le numérique, qui a réuni plusieurs centaines de personnes.

Préambule : une grande tournée de soutien qui a touché des centaines de personnes

Depuis l’interpellation en 2021, le comité de soutien a évolué de la défense de camarades vers la critique des technologies imposées. Il s’est beaucoup activé ces derniers mois avec une quinzaine d’actions de solidarité dans diverses villes et villages, des Pyrénées Orientales à Amiens et de Bordeaux à Grenoble.

Ces événements ont pris des formes diverses suivant les capacités des groupes locaux organisateurs. Deux réseaux ont favorisé l’organisation : les groupes critiques des technologies imposées (Écran Total, Stop Micro, Stop 5G…) et les chorales révolutionnaires. En fonction des lieux, des groupes très divers ont pu s’associer à ces soirées : OCL, FA, CNT, Union Étudiante, Amnesty International, comités anti répression, groupes antimilitaristes (CRAAM) ou écologistes de terrain…

La forme de ces évènements a pu aller d’une simple rencontre-débat avec une douzaine de personnes à des événements regroupant plus de 200 personnes. Plusieurs cantines solidaires se sont mobilisées. Des projections de films : Woman at war, If a tree falls et des animations musicales très diversifiées ont rameuté du monde.

Tout cela a permis de faire connaître cette affaire, rassembler des fonds pour aider à financer la défense, informer et échanger sur les technologies imposées ainsi que sur les moyens utilisés pour la répression. Cela a remonté le moral des accusé·es et favorisé la mobilisation du 18 au 21 mars.

Mobilisation pendant le procès

Environ 200 personnes ont participé à ces journées. La salle d’audience, de capacité limitée, n’a pas permis que toutes assistent à un moment du procès. Les places debout étaient préemptées par les forces de police, en effectifs croissants la seconde journée.

L’organisation locale a permis l’hébergement des personnes venues de loin, la tenue d’un rassemblement avec banderoles et petits stands en face de la cité judiciaire, l’accueil de rencontres et de discussions en trois lieux. Le regroupement de deux cantines solidaires a permis de restaurer tout le monde.

Plusieurs temps forts ont eu lieu en parallèle du procès : rencontres avec les membres du comité de soutien et des chercheurs critiques dès le 18 au soir ; conférence-débat de Jean-Michel Hupé (organisée par le cercle Gramsci sous le titre : « Greenblacklash, quand reculs écologiques et démocratiques vont de pair ») le 19 au soir ; temps d’information à chaque étape du procès ; échanges le 20 au soir sur les attentes à l’issue du procès ; rencontre le samedi sur les perspectives des luttes contre le numérique.

Les témoins

Victor Cachard,

Célia Izoard,

Jean-Michel Hupé,

Nicolas Bérard,

Karima Mersad,

Matthieu Amiech,

Sandrine Larizza,

Romain Couillet

Le tribunal était très attentif lors de ces exposés, concerné, conscient peut-être de la véracité de ces propos. La présidente semblait bienveillante à l’égard des prévenu·es et du public nombreux qui se trouvait dans la salle mais encore plus nombreux à l’extérieur.

Épilogue (provisoire ?)

La présidente : bien, les débats sont maintenant terminés, les prévenu·es ont-illes quelque chose à ajouter ?

Fernando : je voudrais dire une dernière chose. On a beaucoup dit qu’on faisait un procès politique. Mais pour moi c’est n’est pas un procès politique. C’est un procès de l’amour. L’amour que je dois porter à mes enfants, (il se tourne vers les avocats des parties civiles) : que vous, (il se tourne vers la salle) : que vous, devez porter à vos enfants.

La séance est levée.

Le vendredi 3 avril 2026, le tribunal de Limoges a rendu son délibéré concernant l’affaire du 15 juin.

Les deux prévenus sont condamnés : l’un à une peine de 3 ans d’emprisonnement avec sursis simple, l’autre à une peine de 2 ans d’emprisonnement avec sursis simple. Ils ont en outre l’interdiction de se fréquenter pendant 3 ans. Le jugement sur les les intérêts civils (dommages intérêts) a été renvoyé au 2 septembre.

Le comité de soutien aux inculpés considère que ces condamnations expriment la prise en compte par la justice de deux éléments essentiels :

  • d’abord, une considération pour la dureté d’un contrôle judiciaire de presque cinq ans préalable au procès, qui a constitué pour les prévenu•es une véritable ‘peine avant la peine’, qu’il semblait juste de ne pas lourdement aggraver.
  • ensuite, le signal de la percée ô combien nécessaire et urgente dans le débat public de la principale question que soulevait ce procès : celle de la remise en question du déferlement numérique imposé, à l’œuvre dans nos sociétés depuis plusieurs dizaines d’années, source de dégâts colossaux sur l’environnement et les sociétés humaines.

Pour en savoir beaucoup plus :

https://lundi.am/Proces-des-inculpe-es-du-15-juin-2021-a-Limoges