
En 2025, Camille* a été privée de son emploi au festival de Cannes.
La sous-préfecture a refusé son embauche après un « criblage automatisé » qui découle d’une loi antiterroriste. Militante écologiste active, la jeune fille a porté son affaire devant la justice, dans un contexte de répression croissante des défenseurs de l’environnement et du climat.
En avril 2025, la vie professionnelle de Camille (prénom changé) bascule. Comme chaque printemps depuis 2023, cette professionnelle du secteur culturel s’apprête à prendre son train de Lyon pour rejoindre le festival de Cannes, au sein duquel elle est employée dans le cadre de la Semaine de la Critique, une section parallèle du festival de Cannes. Mais, moins de 24 heures avant le début de son contrat, son employeur l’informe avoir reçu un avis défavorable de la sous-préfecture de Grasse.
Après les attentats terroristes de 2015, une loi a créé la notion de « grands évènements » en 2016, à savoir ceux qui, par leur ampleur, sont exposés à un risque exceptionnel de menace terroriste. C’est le cas du festival de Cannes.
Pour travailler en son sein, les salariés et bénévoles doivent donc passer le filtre d’une enquête administrative : un criblage automatisé fondé sur la consultation d’une quinzaine de fichiers de police. Camille n’a jamais été en garde-à-vue, interpellée ou condamnée mais elle est une militante écologiste active qui a participé à de nombreuses manifestations. Plusieurs fois, son identité a été contrôlée par les forces de l’ordre aux abords de celles-ci. Aucun motif n’est précisé dans le mail d’avis défavorable émis par la sous-préfecture, qu’Ici (France 3) Rhône-Alpes a pu consulter.
« À aucun moment je n’aurais pensé perdre un travail à cause de mes engagements militants. Ça a été un choc, je me suis retrouvée démunie et seule. J’ai eu un sentiment de honte » témoigne Camille auprès de notre rédaction.
« Il y a un côté sentence fatale »
Cela faisait plusieurs années que la jeune femme militait au sein d’organisations écologistes et de justice sociale : « J’ai toujours été fière de mes engagements, je ne me voyais pas ne pas m’impliquer pour les questions sociales et environnementales. J’ai pris part à plusieurs mobilisations comme contre l’A69 à Castres, le Lyon-Thurins, ou contre les méga bassines de Sainte-Soline » raconte Camille.
« La répression administrative laisse un grand désarroi. C’est nébuleux, rien n’est écrit sur cet avis, donc c’est très étrange. Il y a un côté sentence fatale, réussir à apprendre ce qui est écrit sur cette fiche me prendra plusieurs années. Cette notification m’a fermé des portes professionnelles, sans que je sache ce que l’on me reprochait exactement » poursuit-elle, confiant que le stress remonte dès qu’elle évoque cette histoire.
« Mon militantisme a changé après ça. Je suis plus vigilante, j’ai comme une alarme qui s’allume dans ma tête à chaque fois que je milite. Je n’ai pas arrêté de militer mais je le fais avec appréhension, en sachant les conséquences que cela peut avoir sur ma vie. Le fichage devient massif. Quand on est militant, on peut faire l’objet de répression, de fichage, sans même le savoir. Jusqu’à ou cette pratique du criblage peut aller ? » alerte Camille.
« Criblage automatisé liberticide »
Après avoir longuement hésité, Camille a décidé de porter son affaire devant la justice. Son avocat, Me Thibault Laforcade a saisi le conseil constitutionnel conjointement avec le syndicat Sud Solidaires Culture pour “atteinte à la liberté d’expression et d’opinion”, “absence de droit à un recours effectif”, et “discrimination” et dénonce un “criblage automatisé liberticide”.
« Ma cliente a d’abord fait un retour gracieux, et n’a pas eu de réponse. Nous avons également saisi le tribunal administratif pour excès de pouvoir en septembre 2025, le tribunal n’a pas encore statué, et nous avons déposé une question priorité prioritaire de constitutionnalité à la fin du mois d’avril » précise Me Laforcade, qui espère ainsi accélérer le débat juridique sur cette question.
France 3