Palestinien·nes réfugié·es en France

 « Je m’étais forcé à ne plus y croire »

Trois articles dans Politis

Discrètement et au compte-gouttes, les autorités françaises reprennent les évacuations de la bande de Gaza. Fin août, quarante-quatre personnes sont arrivées à Paris. Parmi elles, des lauréat·es du programme Pause. Ce dispositif de mise à l’abri de chercheur·ses et d’artistes était suspendu depuis un an.

Depuis son arrivée en France, Ahmed Tafesh enchaîne les cigarettes. Il fume presque sans s’arrêter. « Dans la bande de Gaza, un paquet coûte aujourd’hui 150 dollars. Je ne fumais plus depuis huit mois », explique en souriant le Palestinien de 29 ans. Jeudi 27 août, dans l’après-midi, Ahmed a débarqué à l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle. Chanteur, il est l’un des lauréat·es du programme Pause piloté par le Collège de France pour mettre à l’abri les artistes, mais aussi les chercheurs et chercheuses du monde entier.

Soutenu en France par l’association Al Kamandjati, Ahmed attendait cette évacuation depuis un an. Fin juillet 2026,il a été prévenu qu’il devait se tenir prêt. « Je m’étais forcé à ne plus y croire pour continuer à vivre dans cette guerre. Je n’avais pas perdu espoir mais il fallait aussi que je me préserve », se souvient-il. Dernier garçon d’une fratrie de dix, il a laissé toute sa famille dans l’enclave palestinienne. Sans plus d’explications, les autorités françaises ont été claires : c’est seul qu’il est autorisé à venir en France. Impossible de faire sortir les siens, pas même sa petite sœur de 18 ans. Le chanteur a donc dû dire au revoir à ses proches.

Sans cesse déraciné·e depuis 1948, poussé·e à l’exil, chaque Palestinien·ne sait qu’un au revoir porte en lui un adieu. « Il m’est impossible de vous décrire avec des mots ce moment-là, c’était plus que déchirant. » De fines larmes s’échappent des yeux du jeune homme. Doucement, elles coulent sur ses joues, mais il ne semble pas les sentir. Il les laisse atteindre le coin de sa bouche, puis son menton.

Regard baissé, il poursuit son récit : «J’ai annoncé mon départ à ma famille seulement trois jours avant. Cela a été très difficile pour mes parents et mes frères et sœurs. Je suis resté calme face à eux pour donner l’illusion que j’allais bien, que j’étais fort, mais, à l’intérieur, j’ai senti comme un feu me brûler. J’ai eu l’impression de mourir, de me consumer. Ma mère m’a dit qu’elle demanderait chaque jour à Dieu de me guider.»

Pour réaliser mon rêve, j’ai été obligé d’abandonner ma famille. Ahmed

Des larmes roulent encore sur son visage. Silencieuses, accompagnées d’aucun sanglot. La voix d’Ahmed ne tremble pas. « Pour la première fois de ma vie, j’ai vu mon père pleurer. Mon âme s’est brisée. » Le jeune homme de 29 ans reprend son souffle et attrape une barre chocolatée dans un panier posé sur la table devant lui. « À Gaza, une friandise comme celle-là coûte 25 dollars ! »

Dès son arrivée en France, le chanteur a été accueilli à Angers et pris en charge par l’association Al Kamandjati. Il a rejoint les membres de Radio Gaza, un groupe de musiciens également lauréats du programme Pause. Tous sont arrivés en janvier 2025. Tous ont depuis obtenu l’asile sans difficulté. À distance, c’est Mohamed Lomani, le guitariste, qui a aidé Ahmed à constituer son dossier. Lorsqu’il a été accepté en octobre 2025, Ahmed a dû faire un choix, le plus douloureux d’une vie.

« Pour réaliser mon rêve, j’ai été obligé d’abandonner ma famille. Depuis que je suis enfant, je veux faire des concerts partout dans le monde. Ce qui ne sera jamais possible dans la bande de Gaza. Je veux devenir quelqu’un, être libre, trouver qui je suis. Maintenant, j’ai un poids énorme sur les épaules ! Je dois réussir pour ma famille, pour les sortir de cet enfer, lâche le Palestinien. Je n’ai pas fait ce sacrifice seulement pour moi, je l’ai également fait pour eux. » 

La trop lente reprise des exfiltrations 

Fin août, quarante-quatre Gazaoui·es au total ont enfin pu rejoindre Paris, deux jours seulement après avoir été sorti·es de l’enclave avec l’aide des autorités françaises. Depuis un an, toutes les évacuations étaient suspendues à la demande du gouvernement. En cause : une polémique déclenchée par d’anciens posts à caractère antisémite publiés sur les réseaux sociaux par une étudiante palestinienne récemment accueillie à Lille.

Nous n’avons pas eu le feu vert pour reprendre les candidatures. Pourtant, les besoins sont énormes. L. Lohéac

Quelques heures après l’article du Journal du dimanche qui en faisait état, le gouvernement a gelé, sans distinction, toutes les opérations d’évacuation de la bande de Gaza. « L’arrivée de treize de nos lauréats est une excellente nouvelle pour nous », explique à Politis Laura Lohéac, directrice de Pause – pour Programme national d’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil. « Cela faisait des mois que nous attendions que ces évacuations puissent reprendre, mais il reste encore 73 personnes lauréates coincées là-bas. » 

Pour le moment, le Collège de France, qui pilote le programme, ne peut plus instruire de nouvelles candidatures, à la demande des autorités françaises. « C’est contraire à notre ADN, parce que Pause est ouvert aux artistes et aux chercheur·ses en danger où qu’ils et elles soient, mais, en raison des obstacles sur place qui rendent les évacuations très compliquées, nous n’avons pas eu le feu vert pour reprendre les candidatures. Pourtant, les besoins sont énormes », se désole Laura Lohéac.

Pour l’instant, aucune date n’est prévue pour une nouvelle opération d’évacuation. Interrogé, le Quai d’Orsay répond brièvement : « Ces évacuations supposent de réunir, pour chacune des opérations, à la fois les moyens matériels et les conditions de sécurité nécessaires, et demandent une coordination étroite entre les différents services à Paris et à l’étranger, ainsi qu’avec les États de la région. »

Ces trois dernières années, la France a accueilli seulement quelques centaines de Gazaoui·es.

L’accueil d’une poignée de réfugié·es palestinien·nes semble embarrasser l’exécutif à quelques mois d’une présidentielle où l’islam et l’immigration alimentent déjà les discours racistes et islamophobes. Ces trois dernières années, la France a accueilli seulement quelques centaines de Gazaoui·es. Bien moins que les réfugié·es syrien·nes à partir de 2015, ou encore les Ukrainien·nes en 2022 au déclenchement de la guerre.

** **

La Cisjordanie occupée, dans l’abîme

Violences physiques, incendies, destructions de champs d’oliviers, vols de bétails… Chaque jour, la liste des agressions commises par des colons israéliens s’allonge dans le territoire. Et aucune décision politique forte ne met fin à cette spirale de violences contre les Palestinien·nes.

Ils ont d’abord encerclé et menacé les trois familles pour les pousser à quitter leur foyer. Mais ces familles ont refusé avec leur seul et unique moyen de résistance : rester chez elles. Alors ils leur ont coupé l’eau et l’électricité, se sont installés dans des tentes au pied de leurs habitations. En août dernier, plusieurs dizaines de colons israéliens ont organisé le blocus de trois maisons palestiniennes du village de Qusra, au nord de la Cisjordanie occupée. Un blocus de plusieurs semaines sous les yeux de soldats israéliens dépêchés sur place en renfort, mais surtout pour tenir la presse étrangère à distance.

Même les ambulances du Croissant-Rouge n’ont jamais pu s’approcher de ces maisons pour y délivrer des produits de première nécessité. Depuis Tel-Aviv, lors d’une très rare critique à l’égard des colons, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a condamné des « actes de violence criminels » et fustigé « une poignée d’émeutiers qui enfreignent la loi, causent un grand tort à la communauté juive respectueuse des lois, entravent l’action de l’armée dans l’accomplissement de ses missions et nuisent à la stature d’Israël dans le monde ».

Mais, sur place, aucun des acteurs de ce blocus n’a été arrêté. Mi-août, ces colons, très jeunes pour la plupart, ont seulement été repoussés un peu plus loin par l’armée israélienne. Les occupant·es des maisons sont désormais contraints à des contrôles renforcés avant de regagner leurs domiciles. L’épisode de Qusra illustre parfaitement la redoutable stratégie d’occupation de ces colons les plus extrémistes : en semant la terreur, ils grignotent progressivement du territoire avec pour seul et unique but de s’emparer totalement et définitivement des 5 800 kilomètres carrés que compte la Cisjordanie occupée.

Une stratégie en route

Tout au long de l’été, la situation s’est aggravée pour les Palestinien·nes de Cisjordanie occupée. Le 25 août, le cabinet du Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Mustafa, a d’ailleurs lancé une alerte et mis en garde « contre l’escalade des attaques de colons à travers les gouvernorats, menées avec la protection et la participation des forces israéliennes, avec plus de 470 attaques enregistrées pour la seule semaine écoulée ».

Les agressions sont quotidiennes et tellement nombreuses que les autorités locales comme les ONG ne parviennent pas à toutes les référencer. À titre d’exemple, le 7 septembre, des colons israéliens ont attaqué tôt le matin un hangar agricole appartenant à une famille. Deux Palestiniens ont été violemment agressés et blessés. Au même moment dans le même secteur, un autre groupe d’hommes visiblement organisés et bien équipés a sectionné des poteaux électriques pour priver de courant les familles installées autour.

Côté israélien, depuis le 7-Octobre, rien ne semble sérieusement envisagé pour freiner cette spirale de violence. Bien au contraire. Entre janvier 2023 et avril 2026, Israël a officiellement recensé 102 nouvelles colonies en Cisjordanie occupée, un record dans l’histoire du pays. Selon Amnesty International, certaines ont même été classées « zones prioritaires nationales », ce qui leur permet d’obtenir davantage d’aides financières de l’État.

L’impunité dont bénéficient les colons israéliens leur laisse également la liberté d’aller toujours plus loin. Mais l’accélération du nombre d’attaques commises par ces groupes inquiète de plus en plus l’appareil sécuritaire israélien, qui craint une riposte palestinienne face à leur ampleur. Fin août, le chef d’état-major Eyal Zamir aurait averti Benyamin Netanyahou que la situation risquait de devenir incontrôlable.

Face à l’escalade des violences, la pression américaine se fait plus insistante.

Le Premier ministre n’a pas réagi à cet avertissement. Quelques jours plus tard, le 7 septembre, la réponse est venue de son ministre de la Défense : dans un communiqué, Israël Katz a menacé l’Autorité palestinienne, basée à Ramallah, d’une « guerre totale » en cas d’attaque coordonnée contre les colonies en Cisjordanie occupée. « Dans l’éventualité où […] nous apprenons avec certitude qu’ils s’apprêtent à lancer une attaque terroriste similaire à celle du 7-Octobre contre les forces de Tsahal et la population juive des implantations, le Premier ministre et moi-même avons donné pour instruction à l’armée de se préparer à une guerre totale contre les dirigeants. » 

Israël Katz a notamment évoqué l’« assassinat de personnalités de premier plan » ou encore « l’évacuation des habitants de villes et de villages où des activités terroristes sont menées ». Le même scénario, encore une fois, que celui toujours en cours au Liban et dans la bande de Gaza. Cette prise de parole nourrit un peu plus les tensions et les peurs, les deux meilleures alliées d’une propagande israélienne destinée à justifier sans cesse la guerre.

Des actes qualifiés de « terroristes »

Face à l’escalade des violences, la pression américaine se fait plus insistante. Début septembre, l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee s’est rendu dans plusieurs localités de Cisjordanie occupée où il a clairement qualifié d’actes « terroristes » les attaques contre les Palestinien·nes et leurs biens. Les responsables américains réservent habituellement le terme de « terroriste » aux militant·es palestinien·nes.

** **

« Requiem pour Gaza », témoignages d’un génocide

En 2025, le journaliste Chris Hedges et le dessinateur Joe Sacco ont recueilli de nombreux témoignages de Gazaoui·es réfugié·es en Égypte pour y fuir les massacres incessants commis par l’armée israélienne depuis octobre 2023. Ils les publient dans un ouvrage d’une grande densité mêlant texte et bande dessinée.

« Même si je rassemblais toutes les lettres de l’alphabet pour former tous les mots de la langue, je ne pourrais jamais décrire ce qu’on a vécu. » En novembre 2023, Najwa a perdu sa fille et ses petits-enfants, tués par une frappe israélienne dans leur habitation du camp de réfugiés de Nuseirat. Il a fallu deux jours entiers aux pelleteuses pour retrouver les corps sous les décombres, en laissant porté disparu le plus jeune enfant de la fratrie, Sebba.

Requiem pour Gaza, Chris Hedges et Joe Sacco, Futuropolis,

Requiem pour Gaza s’applique à restituer avec force détails d’innombrables récits tragiques de Gazaoui·es comme celui de Najwa. Le reporter de guerre Chris Hedges, lauréat du prix Pulitzer, et l’auteur Joe Sacco, connu pour ses bandes dessinées Palestine et Gaza 1956, ont passé plusieurs mois dans l’enclave palestinienne au cours de leurs reportages. Mais la bande de Gaza telle qu’ils l’ont connue n’existe plus. L’armée israélienne refusant depuis le début de la guerre que les journalistes occidentaux y aient accès, le duo s’est rendu en Égypte pour rencontrer des Gazaoui·es qui sont parvenu·es à fuir en traversant la frontière.

Certaines pages de ces témoignages se révèlent très éprouvantes à lire. Comme lorsque la famille d’Osama, réfugiée dans les bureaux de Médecins du monde, subit un bombardement qui tue et blesse gravement une dizaine de personnes. Alors qu’Osama et les siens pensaient pouvoir rester en sécurité dans le bâtiment humanitaire, aucune ambulance ne peut s’en approcher pour transporter les blessés, qui succombent les heures suivantes. Par la suite, des soldats israéliens pénètrent dans l’immeuble et mettent en joue les civils pour les contraindre à partir sans leurs affaires, obligeant même les hommes à retirer leurs vêtements.

Au bout de plusieurs heures de marche forcée sur la plage, Osama se résout, la mort dans l’âme, à abandonner momentanément ses parents affaiblis pour trouver de l’aide. D’autres scènes rapportées, comme les rires des soldat·es israélien·nes devant la détresse des civils, ou celle d’une fillette abattue par un soldat qui ordonne ensuite à sa mère de continuer à avancer, sont proprement insoutenables. Une telle violence pousse le travail journalistique jusqu’à ses limites : comment restituer des crimes dont le nombre et l’abjection dépassent l’entendement ? La description de certains détails risque-t-elle de porter atteinte à la dignité des victimes ?

Les gens regardent ces reportages en buvant leur thé ou leur Nescafé. Ils regardent notre peuple brisé, les rangées de cadavres à Gaza en grignotant des biscuits.

Sanaa

Parmi les témoins interrogés·es, la journaliste palestinienne Sanaa critique par exemple la vision trop héroïque des Gazaoui·es que transmettent certains médias, arguant qu’ils sont des humains ordinaires. « Les gens regardent ces reportages en buvant leur thé ou leur Nescafé. Ils regardent notre peuple brisé, les rangées de cadavres à Gaza en grignotant des biscuits. C’est devenu une forme de divertissement. » Alors qu’elle rapporte sans relâche des nouvelles de Gaza de l’intérieur, Sanaa voit ses collègues et leur famille pris pour cible.

Craignant pour sa vie, elle change son vocabulaire face caméra, utilisant par exemple le terme « armée israélienne » plutôt qu’« armée d’occupation israélienne ». Au bout de sept mois de guerre, alors que sa maison et son bureau sont bombardés et que 150 membres de sa famille élargie sont tués, elle demande finalement un visa hors de prix pour l’Égypte. Le recueil de témoignages directs effectué par les deux reporters américains s’avère d’autant plus important dans ce contexte de répression inouïe des journalistes à Gaza.

Mensonges et censure

Pour rendre compte avec justesse de ce que Chris Hedges et Joe Sacco nomment dès la préface un génocide, l’ouvrage propose un dispositif moins spectaculaire que les images de chaînes d’information. Comme pour leur précédente publication commune, Jours de destruction, jours de révolte, portant sur zones sinistrées aux États-Unis, le livre alterne entre des chapitres textuels et d’autres en bande dessinée. Les textes mêlent les voix palestiniennes à des résumés plus globaux de la situation à Gaza depuis 2023, l’ensemble dans un style brut souvent en discours direct. Les planches de BD en noir et blanc s’attardent quant à elles sur le parcours du psychologue palestinien Osama.

Son visage impassible lorsqu’il raconte le chemin de croix de sa famille pour échapper à l’armée israélienne produit un effet de distanciation qui rappelle dans un tout autre registre la face inexpressive du cinéaste palestinien Elia Suleiman dans son film It Must Be Heaven. Par ces procédés tendant vers la sobriété, les deux auteurs évitent de surligner l’horreur. À ce titre, les deux pages de texte très factuelles consacrées à la mort de Hind Rajab contrastent avec le film La Voix de Hind Rajab, de Kaouther Ben Hania, dont les effets de mise en scène ont été critiqués lors de sa sortie.

Les deux reporters ne se prévalent d’un regard objectif. Ils assument une écriture à la première personne.

Comme en témoigne la vingtaine de pages de notes et de bibliographie à la fin du livre, Hedges et Sacco cherchent à étayer les témoignages qu’ils recueillent par une documentation rigoureuse. Les deux reporters ne se prévalent pas pour autant d’un regard objectif. Ils assument une écriture à la première personne qui ne retient pas sa colère envers les mensonges de l’État israélien et la manière dont la presse occidentale les relaye. Ancien chef du bureau du Moyen-Orient pour The New York Times, Chris Hedges n’épargne même pas son ancien employeur, dont il reproche la censure d’articles trop accablants envers la politique d’occupation israélienne.

À l’inverse, l’indépendance d’esprit de la journaliste Sanaa transpire de ses propos lorsqu’elle affirme sa détestation du chef de la branche armée du Hamas Yahya Sinwar, responsable de l’attaque du 7-Octobre, sans rejeter pour autant le Hamas en tant que tel. Ce témoignage bat en brèche la réputation de propagandistes des journalistes gazaoui·es colportée par une unité spéciale de l’armée israélienne appelée « cellule de légitimation ».

Face à la désinformation, Hedges et Sacco dévoilent méthodiquement les rouages du génocide. L’un des plus importants s’avère l’utilisation de la famine par l’armée israélienne pour déplacer la population et commettre de nouveaux meurtres de masse durant les distributions de nourriture, dont le « massacre de la farine » survenu le 29 février 2024. D’autres témoignages décrivent les conséquences du ciblage du personnel soignant et des hôpitaux.

Solidarité et entraide

Requiem pour Gaza n’enferme pas les Palestinien·nes dans leur statut de victimes.

Lorsque Hayat se rend à l’hôpital pour qu’on examine ce qui s’apparente à un cancer du sein, les quatre spécialistes qui auraient dû la prendre en charge sont tués ou portés disparus. Malgré son état d’anémie, une autre femme, enceinte, doit subir une césarienne avec une faible dose d’anesthésique. En définitive, pas un seul endroit à Gaza ne semble en sécurité, y compris les sites déjà bombardés à cause de la méthode « double tap », consistant à frapper une deuxième fois un même endroit pour tuer les secouristes et journalistes palestinien·nes accouru·es sur place.

En approfondissant chaque témoignage, Requiem pour Gaza n’enferme pas les Palestinien·nes dans leur statut de victimes. Certains passages détaillent les systèmes de solidarité, qui ne se résument pas à l’envoi d’argent aux populations depuis l’étranger mais comptent aussi une entraide entre Gazaoui·es, telles les cantines de fortune dans les camps de réfugiés. Bloquée au sud de l’enclave, Niveen cherche un moyen d’envoyer de l’argent à ses parents habitant au nord. Via les réseaux sociaux, elle parvient à s’arranger avec une personne du nord de Gaza qui souhaite à l’inverse transmettre de l’argent à des proches établis au sud.  

Lorsque son foyer est bombardé, Ragdh est invité à vivre avec une dizaine de membres de sa famille dans le poulailler d’un couple de Palestiniens rencontrés à l’hôpital. Attristés par le manque de place pour leurs invités, ces derniers décident finalement de leur prêter leur appartement entier pour aller vivre sous une tente. Sur le temps long, ces liens risquent toutefois de s’effriter : comme le constate Osama, les souffrances et les pénuries peuvent plonger les populations dans le chacun pour-soi.