
Depuis la rue !
Cette semaine, c’était la rentrée des classes. Un moment qui, pour la plupart des enfants et leurs parents, mêle excitation, stress et retrouvailles. Mais pour des centaines d’enfants et d’adolescents, tout cela n’existe pas quand on prend le chemin de l’école depuis la rue.
Pour rappel, au moins 2 355 enfants, dont 514 de moins de 3 ans, sont restés sans solution après un appel au 115 (numéro d’urgence pour l’hébergement) à quelques jours de la rentrée scolaire (baromètre “Enfants à la rue” de l’UNICEF). Des enfants et des adolescent·es auxquels l’État refuse un toit, et par le même temps, leur retire une part de leur enfance, de leur sécurité et de leurs chances à l’école.
Et d’autres qui ne retourneront jamais en classe. En 2025, quatorze enfants de moins de 4 ans et douze adolescents de plus de 15 ans sont morts dans la rue (chiffres du collectif Morts de la rue).
Pour toutes les familles sans-abri, cette rentrée est surtout marquée par l’angoisse et l’incertitude de la survie à la rue.
Après l’école, on rentre à la maison, on prend souvent un goûter, on raconte sa journée à ses parents, on fait ses devoirs à la maison, on prend une douche, on mange un repas chaud, puis on va se coucher dans son lit. Mais un enfant qui survit dans la rue ne rentre pas chez lui après l’école. Ses devoirs, quand il le peut, il les fait sur un trottoir, sur un banc, dans une gare, dans un hall ou une tente.
Au lendemain de la rentrée, 58 enfants se sont présentés avec leur famille à notre permanence quotidienne à Paris, pour chercher une solution où dormir. Beaucoup se retrouvent dehors suite à des remises à la rue par l’État qui ferme des places d’hébergement d’urgence.
Lors de nos maraudes à Toulouse, nous avons rencontré plus de 115 enfants en errance avec leurs parents cette année (sans compter ceux et celles qui survivent dans les campements, squats ou bidonvilles).
La nuit, dehors, on ne ferme presque pas l’œil, on est toujours en alerte : il y a les bruits de la rue, les sirènes, les lumières qui ne s’éteignent jamais complètement, le froid ou la chaleur, les agressions, la peur d’être déplacé, expulsé, de perdre ses affaires ou de se les faire voler, la peur de ne pas savoir où l’on sera le lendemain.
Alors le matin, de plus en plus d’enfants et d’adolescent·es arrivent à l’école épuisé·es après des nuits entières passées dehors. Ils essaient d’écouter, de participer, d’apprendre comme les autres. Certain·es s’endorment en classe, d’autres n’arrivent plus à se concentrer, doivent mentir à leurs camarades ; la plupart ont peur des moqueries, sur leur matériel, leurs vêtements, etc.
Beaucoup d’enfants sans-abri n’ont même pas pu être scolarisé·es.
Parce que pour leurs parents, survivre prend déjà toute la place. Chaque journée est consacrée à chercher un endroit où dormir, trouver de quoi manger, protéger ses enfants, ou répondre aux démarches administratives.
L’administration, notamment les mairies d’arrondissement et le CASNAV (Centre académique pour la scolarisation allophone), complique d’ailleurs souvent les démarches de familles qui se battent déjà pour survivre, allant parfois jusqu’à leur rendre difficile l’accès à une domiciliation, pourtant nécessaire à l’inscription scolaire.
« Le seul souhait de nos enfants est d’aller à l’école, d’apprendre, de jouer et de grandir comme tous les autres enfants.
L’école est un droit pour tous.
C’est ce qu’on leur répète.
Est-ce qu’ils méritent de payer pour une situation qu’ils n’ont pas choisie ? Est-ce qu’ils méritent de se sentir différents, de commencer l’année en ayant peur du lendemain ? »
Témoignage d’une mère de famille sans-abri.
Pour d’autres enfants, la question de l’école est bien loin.
Sur le littoral nord en août, l’association Project Play a rencontré plus de 304 enfants sur les campements informels de Calais et Grande-Synthe (plus de 800 depuis le début de l’année). Et nos équipes ont discuté avec plus de 80 mineurs isolés.
Pour elleux, la priorité est d’atteindre le Royaume-Uni, d’y rejoindre de la famille ou des connaissances, et d’enfin s’y poser, demander l’asile, et reprendre un rythme de vie.
L’école est un droit.
Un toit est un droit.
Aucun enfant ne devrait avoir à payer le prix des défaillances des institutions censées le protéger. En 2025, nous avons rencontré plus de 2840 enfants à la rue. L’État est seul responsable.
Les mineur·es non accompagné·es en recours sont souvent privé·es de leur droit fondamental à l’éducation.
Beaucoup de départements les laissent à la rue, sans garantir leur accès à l’école ou les laissent s’y rendre tout en dormant dans des campements, dans des conditions particulièrement indignes. Pour certains, le réveil avant l’école, c’est la police qui vient secouer leur tente à 7h du matin pour leur ordonner de ranger leurs affaires.
Certains rectorats refusent les inscriptions malgré le droit à l’éducation, et l’envie et la motivation des jeunes qui n’attendent que ça. À Lille, ils sont presque 80 à survivre sur un campement informel et aucun n’a pu faire sa rentrée. À Rennes, c’est 70 jeunes en recours auxquels l’Académie refuse l’accès à la scolarité.
Pourtant des solutions existent. À Tours, les jeunes que nous suivons ont pu s’inscrire, mais les démarches auraient été impossibles sans l’accompagnement des associations, tout comme la préparation du matériel scolaire, la recherche des stages, l’organisation de la cantine, des transports, etc.
Pour nous aider à continuer nos actions aux côtés des mineurs non accompagnés, vous pouvez mettre en place un don mensuel (déductible à 75% de vos impôts).
Le collectif Ecole pour Tous lance une campagne d’appel aux sénateurs⸱rices pour que la proposition de loi visant à protéger les mineur⸱es isolé⸱es pendant le recours et donc à garantir leur accès à l’école soit inscrite au Sénat pour être débattue et votée.
Cette loi a déjà été adoptée par l’Assemblée Nationale en décembre dernier. Elle vient établir l’application de la présomption de minorité, et donc une protection des jeunes tout au long de leurs recours visant à faire reconnaître leur minorité. La prochaine étape, c’est son vote par le Sénat. Pour ça, il faut qu’un groupe parlementaire l’inscrive dans une de ses niches.
Ecole pour Tous prévoit d’appeler chacun des 348 sénateur·ices pour leur demander de venir échanger avec eux le 6 octobre et les convaincre de passer cette loi.
Ils ont besoin de monde pour aider à passer ces appels, tout est expliqué et vous êtes accompagnés. Rendez-vous sur leur page Instagram : @collectif_ecole_pour_tous.
Utopia 56