… surtout du RN
Bonjour. C’est le post de Maria, qui relatait il y a quelques instants son expérience compliquée avec une amie Zémourienne, qui m’encourage à suggérer une piste. Son expérience est passionnante, car elle induit de vraies questions autour de la communication « primaire » entre deux êtres. Et les premières d’entre elles sont majeures : qui suis-je pour porter la bonne parole ? En quoi ma vérité est-elle meilleure ? Si je suis convaincu(e) des deux premières quelle est la meilleure méthode ?
Permettez-moi donc de partager à mon tour une expérience récente, dans un bar, avec un frontiste un peu moins bourrin que la moyenne (ça existe, mais on s’en rend compte à la fin ). Je dois préciser que j’ai travaillé 35 années dans la com (bhouuuu !) , et qu’on y apprend à faire évoluer une discussion mal embarquée…
– Il y a trop d’étrangers !!!
– Je comprends ton inquiétude… Surtout qu’avec les catas climatiques, ça ne va pas s’arranger… Si tu admets qu’on ne peut pas fermer totalement les frontières, comment tu vois les choses ? Une version immigration choisie, comme dans d’autres pays ?
Hésitation, longue… :
– Je ne sais pas, mais il y a un problème avec les arabes !!!
– Lesquels ? Les petits français des banlieues qui vendent du shit ?
– Oui, mais pas que… Regarde les attentats : ils foutent la merde partout où ils passent !
– Tu as raison. Il y a vrai un souci avec l’islam politique. Après, pour être allé au bled et avoir quelques potes basanés ici, je te jure qu’il y a la même proportion d’abrutis au Maroc ou en France… En fait, pour toi, quelle est la solution idéale ?
Grattement de tête… :
– Moi, je veux juste pas qu’on emmerde mes gosses ou ma femme…
– Et moi donc ! 100% d’accord. Mais concrètement, on fait quoi ? Parce que d’un bout à l’autre de l’échiquier, il n’y en a pas un ou une pour proposer un truc réaliste. Le Pen, c’est comme Meloni. Elle est incapable de remplacer les toubibs, les éboueurs, les plongeurs, les types du bâtiment par des italiens de souche ! Donc en fait, on est tous un peu coincés avec cette foutue mondialisation…
Et puis imagine qu’on arrive à limiter les entrées d’Afrique : tu préfères avoir des roumains ?
– Surtout pas !
– Tu vois, c’est compliqué… C’est pour ça que je comprends les inquiétudes. Moi, je ne te dirais jamais comment tu dois voter, mais j’ai une certitude. Il ne faut pas se tromper de cibles et de solutions. Parce que l’immigration, c’est à 75% due à des patrons qui veulent de la main d’œuvre pas chère. Même l’Europe s’y met quand elle refuse d’aligner les critères sociaux entre les pays. Tu te souviens du plombier Polonais ? Bref, fais comme tu sens. Essaie juste de toujours lire derrière les promesses, et demande-toi qui elles servent vraiment… »
Cette discussion a été ici sérieusement raccourcie, mais elle a duré près de 30 min. Mon
interlocuteur m’a payé un verre, content d’avoir pu échanger sans jugement.
1/Pas un instant, je n’ai renié mes convictions profondes.
1/ Pas un instant, j’ai imaginé pouvoir convaincre cette personne.
3/ Je me suis juste attelé à déplacer un peu sa fenêtre de perception, et ça me suffisait.
Parce que la conviction n’est jamais l’histoire d’un coup ! S’il s’agit d’un proche, ou qu’on accepte l’idée qu’on va peut-être recroiser cette personne, l’écoute, le questionnement, sont les préalables du prolongement potentiel de l’échange. Je ne dis pas que ça fonctionne à chaque fois, hein ! La nature humaine est si complexe. Mais déchiffrer les peurs, les valider, les reformuler, ça reste une base solide et avérée. Belle journée !
