
There Is No Alternative
Commentaire sur le Manifeste d’un signataire français
Votre manifeste tombe au bon moment car il soulève des questions essentielles évitées par nos « décideurs » de toute obédience politique ou quasi.
Nous vivons un moment de bascule vers le Grand TINA : pas d’alternative à la marche folle vers une existence entièrement numérisée et électrifiée. Tant pis si on ne prend pas le temps de mesurer les dégâts sur tous les plans : sociaux, sociétaux, éducatifs, démocratiques, sanitaires et environnementaux. Nous sommes obligés d’être assujettis à la Machine, aux écrans et objets connectés, au smartphone rendu quasi-obligatoire pour toute démarche. Comment prétendre
protéger les enfants de l’addiction aux écrans quand tous les adultes autour d’eux ne cessent de les utiliser compulsivement ? Nos enfants ne maîtrisent plus les maths, ne savent plus bien écrire et ne lisent plus de livres. Pas de problème : l’IAg réglera ça dans un monde gouverné par les robots. Si l’on n’y prend garde, le risque est d’avoir des cadres et des employé.es zombies, des profs et des élèves zombies, des décideurs et politiques zombies – toute une population de zombies numérisés guidés par la Machine. Et tant pis si nous sommes dépossédés de notre liberté à chaque clic, si nos données sont systématiquement pillées pour le contrôle d’État, le commerce, la santé intéressée par l’argent, la police et la guerre, demain intégralement privatisés vu le cours des choses.
L’artificialisation machinique de nos existences est normalisée, naturalisée sans conscience ni résistance. L’assistanat numérique que l’on nous impose plus ou moins en douceur (le « nudge ») nous veut du bien, nous ferait faire des économies de temps et d’argent. La machine nous prodigue ses bons conseils – cliquez ici et vous gagnerez quelque chose : des services et des biens toujours moins chers, c’est gratuit, mais en échange on monnaye vos données. Et comme le
pouvoir d’achat du citoyen lambda diminue, c’est très tentant (surtout s’il est déjà rendu « addict » aux écrans et au smartphone).
La surveillance généralisée des populations par les outils numériques est étrangement acceptée par le plus grand nombre qui n’y voit que commodité sans se rendre compte qu’il s’agit d’une infantilisation régressive car tout est réponse instantanée et facilité (la dopamine numérique est une grande réussite industrielle et idéologique). Et l’IAg ne fera qu’empirer le phénomène. Tant pis pour la biodiversité et le réchauffement climatique, l’écologie. Tant pis pour le vivant, la Terre, l’espace et les océans qui ne sont plus que des champs de prédation et d’extraction fossile de minerais et terres rares pour notre « confort numérique » (sic), objets de convoitises impérialistes qui nous mènent droit à la guerre. C’est l’inarrêtable « progrès » vers l’obsolescence de l’humain.
Il n’y a pas d’autre choix, pas d’autre alternative. TINA dit la Machine mondialisée.
On nous inculque le double mythe qui est la croyance du siècle : la neutralité de la technologie et ses supposés bons ou mauvais usages ; la technologie saura toujours réparer les dégâts qu’elle commet. Autant dire un double leurre propagé dans une inconscience des enjeux généralisée occultant la matérialité de toutes choses. On ne réparera pas de sitôt l’état de nos sols, de nos rivières. Et nous sommes partis pour tout bousiller avec les objets numériques comme vous le soulignez très bien: la terre avec la multiplication de mines, l’espace avec ses milliers de satellites et les océans. Et il n’y a aucun débat (pire, il est quasiment interdit) pour savoir ce qu’il faudrait garder du numérique et de l’IA (qui peut être utile dans des domaines très précis comme la météo), sur ce qu’il faut électrifier ou pas, et comment. C’est une fuite en avant accélérée vers le meilleur des mondes électronumérique à l’encontre de notre santé physique et mentale. Un processus accéléré de dé-civilisation mondiale. On nous serine qu’il faut nous « adapter » et que nous sommes toujours en retard sur les autres. Mais il faudra bien voir la réalité en face et marteler sans cesse : le tout-électronumérique aliène beaucoup et pollue énormément, en étant une cause de confrontations guerrières, et nous ne voulons pas davantage d’aliénation, de pollution et de guerre chez nous et dans le monde. L’IAg étant, comme vous le dites, « l’entrée dans une ère de sinistre dystopie dont (elle) est l’apogée ».
Votre documentation et votre bibliographie démontrent bien que ces questions sont posées par des chercheurs et universitaires à l’échelon national et international, des esprits indépendants dans les domaines les plus divers. Mais qui lit ça et qui veut comprendre que l’imposition du « tout-électronumérique » (sic) est un totalitarisme de fait, sapant les fondements de ce qu’il reste d’humanisme et de nos démocraties ?
Votre manifeste est donc bienvenu face à cette hybris confinant au délire et c’est difficile à faire entendre aux ingénieurs, politiques et médias baignant dans une « technolâtrie » (sic) béate ou très profitable. Ils vivent dans un autre monde, dans une inconscience totale, sans vision d’aujourd’hui et de demain – dans le déni du réel.
Ce manifeste a donc le mérite d’exister, de résister en argumentant sur le fond et en ouvrant l’horizon complexe des problématiques civilisationnelles, de dire « pas avec nous car contre nous, contre la démocratie, contre l’humanité, contre le vivant et notre planète ».
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Pour rappel
MANIFESTE INTERNATIONAL POUR UN DROIT UNIVERSEL ET CONSTITUTIONNEL À NE PAS ÊTRE CONNECTÉ.ES
Nous ne sommes ni technophobes ni technolâtres. Nous voulons seulement avoir la liberté d’utiliser ou non Internet pour gérer notre quotidien. Nous voulons pouvoir parler avec des fonctionnaires ou du personnel technique compétent plutôt que de nous en remettre à une « appli », à un « chat », un « chatbot», ou au robot d’une plateforme téléphonique qui bien souvent ne comprend pas notre question. Beaucoup de personnes perdent le bénéfice de leurs droits par découragement devant la fausse « simplification » des démarches administratives connectées.
La connexion doit être une option, pas une obligation.
Pour lire le document complet de 4 pages :