
Sur les réseaux sociaux, des images de violences particulièrement virales
Rarement, sans doute, des manifestations et des violences auront été aussi abondamment filmées. Samedi 17 octobre, alors qu’entre 550 000 et 800 000 personnes manifestaient contre la vie chère et pour soutenir les lycées, et que de très graves violences se déroulaient dans plusieurs grandes villes, tout, ou presque, était diffusé en direct sur les réseaux sociaux.
Depuis les débuts extrêmement chaotiques de la mobilisation à Paris, alors que l’Orchestre du nouveau monde était visé par des tirs de grenades lacrymogènes dès midi, en passant par l’envahissement de la mairie de Marseille et jusqu’aux scènes de pillage dans la capitale ou à Lyon, chaque moment de cette journée a été filmé.
Samedi, et dans une moindre mesure dimanche, des dizaines de vidéos en direct, notamment sur TikTok, ont offert une plongée au cœur des manifestations, mais aussi des violences et des pillages, un peu partout en France. Certains comptes, animés par des adolescents ou de jeunes adultes, ont proposé des vidéos en direct en continu ou presque, dans le but explicite de gagner des abonnés. « Abonnez-vous sinon je vais éteindre le live vous allez plus voir ce qui se passe dans les rues de Paris », a ainsi menacé, en plaisantant, un jeune homme qui déambulait dimanche soir près de la place de la République, à Paris, filmant des tentatives de pillage.
45 millions de vues
En fonction du tri opéré par les algorithmes, il était tout à fait possible, si l’on suivait les événements uniquement sur les réseaux sociaux, de ne voir que des images de manifestants joyeux et pacifiques, ou uniquement des images de violence. Mais ce sont surtout ces dernières qui ont connu la plus grande viralité.
Des images filmées par le journaliste indépendant Luc Auffret et montrant des voitures de police caillassées près de la place de la République, samedi, ont été vues plus de 45 millions de fois en moins de vingt-quatre heures sur la seule plateforme X, sans compter les multiples copies de ces mêmes images. Plusieurs vidéos montrant l’effondrement du toit de la mairie de Limoges, détruite par un incendie allumé par des casseurs qui étaient parvenus à y pénétrer, ont été beaucoup diffusées en France, mais aussi à l’étranger, suscitant des comparaisons avec l’incendie de Notre-Dame, en 2019.
Outre-Atlantique, ces images ont aussi été abondamment diffusées, avec un prisme anti-immigration, par la sphère MAGA (Make America Great Again), à commencer par Elon Musk. Le propriétaire de X a notamment republié des images de l’envahissement de la mairie de Marseille et un message affirmant que « Marseille [était] tombée » et parlant d’« invasion ». Une séquence virale montrant une manifestante qui tente, en vain, d’empêcher des pillards d’entrer dans un magasin en criant « Pourquoi vous faites ça ? » a aussi été largement diffusée et commentée par des comptes d’extrême droite américains.
A l’autre bout du spectre politique, plusieurs séquences montrant des violences policières présumées ont largement circulé tout le week-end, notamment des images montrant un homme frappé alors qu’il est à terre, place de la République, à Paris, qui ont été republiées par des élus de La France insoumise, dont le député de l’Essonne Antoine Léaument.
Des faux générés par IA
La longue liste des violences qui ont touché de nombreuses villes de France n’a, semble-t-il, pas suffi à certains comptes politiques ou cherchant de l’audience facile : de multiples faux plus ou moins grossiers ont abondamment circulé. Dès la matinée du 17 octobre, des photos ou vidéos censées montrer l’arrivée de centaines de tracteurs à Paris ont été publiées par des comptes « attrape-clics » et quelques comptes militants.
Plus tard dans la journée, ce sont des photos générées par intelligence artificielle (IA) d’un manifestant portant un costume de la Panthère rose, arrosé par les canons à eau de la police, qui ont connu un moment de viralité. Plus tard encore, des comptes pour la plupart militant à l’extrême droite ont partagé la photo d’un couple d’octogénaires dépouillés de leurs vêtements place de la République, à Paris – là encore, un faux généré par IA.
Dimanche et lundi, d’autres types de vidéos ont battu des records d’audience. A Grenoble, la gérante de la librairie Momie Mangas, ravagée par des pillards, a publié une vidéo pour montrer les dégâts et dire son dégoût : elle a recueilli en une journée 150 000 likes sur Instagram. A Nice, où le propriétaire d’un magasin Micromania a tenté de tenir tête aux pillards et a été frappé dans le dos, des dizaines de vidéos différentes saluent son courage sur TikTok, parfois en le dépeignant comme un personnage du manga Dragon Ball. Un peu partout, les images montrant des agents de propreté nettoyant les dégâts ont recueilli des dizaines, voire des centaines de milliers de likes.
Les scènes de violences ont aussi eu un impact pour certains des influenceurs qui avaient appelé à manifester le 17 octobre. « V2 », le tiktokeur qui avait été le premier à proposer cette date pour protester, avant tout, contre le prix de l’essence, a publié, dimanche, une vidéo pour critiquer les internautes qui lui reprochaient d’avoir créé la manifestation. « Pourquoi c’est mon blaze qui ressort ? C’est moi qui ai baissé le pouvoir d’achat des Français ? (…) Nan, moi tout ce que j’ai c’est de dire “faites en sorte que la manifestation du 17 octobre elle soit légale”, fin. (…) Est-ce que c’est moi qui ai dit d’aller [piller des magasins], d’aller brûler les poubelles, d’aller balancer des mortiers sur les CRS ? Non. » Sa vidéo a été vue plus de 2 millions de fois.
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