Le 5 novembre

L’heure de vérité

Le mouvement social ouvert par les luttes lycéennes et étudiantes puis rejoint par de plus en plus de travailleurs et travailleuses peut gagner…

…  si nous nous en donnons les moyens.

Le 5 novembre et ses suites directes seront déterminants. C’est un moment décisif pour le syndicalisme de lutte et de transformation sociale.

Et maintenant ?

Si cette mobilisation redonne espoir, elle fait face à deux dangers immédiats : une fatigue du mouvement de la jeunesse d’une part et une impasse émeutière d’autre part. Dans ce cadre, le mouvement syndical en général et le syndicalisme de lutte et de transformation sociale en particulier portent une des plus grandes responsabilités de ces dernières décennies pour permettre (enfin) de gagner.

Aujourd’hui, une victoire sociale majeure est possible par l’alliance de la jeunesse et du monde du travail, y compris privé d’emploi ou retraité. Cela ne peut se faire sans regarder nos échecs et expériences des dernières années, particulièrement les mobilisations contre la loi Travail, des gilets jaunes, les mouvements pour les salaires en 2022, pour nos retraites en 2023.

Il nous a manqué plusieurs choses, différentes à chaque fois, mais que, globalement, on peut pointer :

  • L’unité. Plus elle est large et plus elle permet de mobiliser. L’intersyndicale de 2023 l’a prouvé : l’unité nous renforce et donne confiance à plus de personnes pour participer. Cette unité peut se construire autour de quelques revendications partagées : fin de la répression policière et administrative (conseils de disciplines…) et amnistie des participant.es du mouvement social, plan d’urgence pour l’Éducation nationale et les services publics dans le budget de l’Etat, augmentations généralisées des salaires dans le privé et le public.
  • La solidarité. Nous ne partageons pas toutes et tous les mêmes pratiques, mais nous avons le même objectif circonstanciel. Nous n’avons pas à nous condamner les un.es les autres parce que nous avons des tactiques ou une ligne stratégique différentes. Nous pouvons marcher côte à côte et frapper ensemble. Dans ce cadre, les menaces, parfois d’interdiction, contre différentes structures – La France insoumise, le NPA, RP, Cerveau Non Disponible ou Solidaires Étudiant.es – doivent toutes et tous nous inquiéter, car toutes nos structures sont des cibles potentielles pour la répression, et nous faire nous serrer les coudes malgré nos désaccords.
  • La massification de la grève et le blocage de l’économie. La force des travailleuses et des travailleurs, c’est la grève, qui libère du temps pour agir. Nous faisons tourner l’ensemble de l’appareil productif. Si nous prenons conscience et confiance de notre pouvoir collectif, nous pouvons gagner. Sans rapport de force conséquent, sans blocage généralisé de l’économie, si nous en restons à des manifestations, nous n’aurons rien. Le blocage de l’économie se construit avant tout par la mise à l’arrêt de nos services, de nos industries : c’est-à-dire par la généralisation de la grève.
  • La démocratie et les assemblées générales. Une mobilisation forte, c’est une mobilisation qui inclut le maximum de personnes. Sur nos lieux de travail, il faut construire des AG avec le plus de monde possible, car elles permettent de se réapproprier la lutte et de décider de ses modalités. Elles se construisent à la base et par secteur. Des AG interprofessionnelles sont une deuxième étape pour se coordonner par territoire. Attention à ne pas tomber dans le piège d’AG interpros qui ne représentent qu’une fraction volontariste de quelques personnes de secteurs différents. Pour gagner, il faut avant tout massifier la grève et les manifestations.

Vers le 5 novembre, et au-delà !

Plusieurs dates de mobilisation vont exister dans les jours qui viennent. La plus importante à construire sera celle du jeudi 5 novembre. Cette journée de grève interprofessionnelle sera déterminante. Si nous réussissons la convergence, si nous décidons rapidement de poursuivre après le 5, que ce soit par la grève reconductible ou par des grèves rapprochées à répétition, nous pouvons avoir le rapport de force suffisant pour gagner.

Il est temps de mettre toute notre énergie dans la bataille. D’autant que nous sommes au pied du mur face à la forte possibilité de prise de pouvoir par l’extrême-droite de l’appareil d’Etat en France. Une victoire sociale majeure redonnera confiance à notre classe et permettra d’affaiblir l’extrême droite qui surfe sur la misère sociale pour développer son “pacte racial”.

Le mouvement de la jeunesse a entrouvert la porte d’un autre futur possible. À nous de les rejoindre très massivement pour l’ouvrir en grand. Dans un moment comme celui-là, nous allons pouvoir mesurer l’utilité réelle de nos outils syndicaux. Servent-ils à gagner et améliorer nos vies ou restent-ils de tristes observateurs sans prise sur le réel ?

Nous sommes à un moment charnière, à l’heure de vérité. À nous de tout donner, de créer les conditions de la victoire. Nous n’avons presque rien à perdre et tout à gagner.

Simon Duteil ; Syndicaliste donc unitaire ☆ Alliance écologique et sociale ☆ Les utopiques ☆ Prof et parent d’élèves en Seine-Saint-Denis ☆ Historien