Municipales

Priorité à l’extrême droite sur France 2 (et ailleurs)

Sur France 2 encore plus que sur les autres chaînes, Perpignan, Toulon ou Nice ont occupé une grande part de la soirée électorale du premier tour des municipales. Une domination seulement entamée par l’évocation d’un grand danger : les scores de LFI.

«On va aller à Nice », propose Léa Salamé à 19h21 sur France 2. Où se déroule un duel entre la droite d’Estrosi et l’extrême droite de Ciotti pour les élections municipales. « Une campagne dans laquelle on retrouve le fils de l’ancien président de la République, Louis Sarkozy, enchaîne Laurent Delahousse. Sur place, à Menton, on retrouve notre journaliste. C’est le thème de la sécurité qui, là encore, a dominé les débats. — Louis Sarkozy aura fait de cette élection un événement », déclare le reporter. Un événement sur France 2, en tout cas. Léa Salamé professe : « La question de la sécurité est la priorité numéro 1 pour les Français dans cette campagne. » Ah bon ? Mais d’où tient-elle cette information ? Elle ne le dira pas, pas plus qu’elle ne précisera que la sécurité n’est pas une prérogative des communes.

Léa Salamé fait monter la tension à l’approche de 20 heures : « Déjà, on aura des tendances, on aura peut-être des surprises, c’est ce qu’on peut dire à cette heure. » On ne peut rien dire mais on vous le dit. « À Nice, analyse Benjamin Duhamel, si la stratégie d’Éric Ciotti, candidat UDR soutenu par le RN, est positive, ça voudra dire que l’union des droites pourra être une option pour le RN en vue de 2027. » Une « union des droites » contre Christian Estrosi… qui n’est donc pas de droite. Un scoop de France 2. Seule est de droite l’UDR — parti croupion du RN.

Priorité à l’extrême droite : nouveaux duplex avec Toulon, au QG de la candidate RN Laure Lavalette, puis à Marseille, au QG du candidat RN Franck Allisio. Retour à Nice, où la reportrice estime : « Il y a aussi une dimension nationale à Nice, considérée comme un laboratoire pour l’union des droites. » Ça se confirme, Christian Estrosi est de gauche, ne parlez surtout pas de duel entre la droite et l’extrême droite. « La participation progresse à Nice, les électeurs ont du mérite, juge Benjamin Duhamel. Quand on voit la façon dont la campagne s’est passée, où on a davantage parlé du fait de savoir si Éric Ciotti et Christian Estrosi acceptaient de se serrer la main ou pas, quand on voit l’affaire de la tête de cochon, on a davantage parlé de ces sujets-là que de la sécurité et des thématiques. » Des thématiques de la sécurité. Et l’éditorialiste d’insister : « Si Éric Ciotti réussit à déloger Christian Estrosi, ça pourra plaider au RN pour cette union des droites. » Pour faire barrage à l’extrême gauche de Christian Estrosi.

20 heures sonnent sur France 2, priorité à l’extrême droite. Léa Salamé : « Le premier résultat qu’on peut vous donner, c’est à Perpignan où Louis Aliot serait réélu dès le premier tour. — Au Havre, on va découvrir ensemble les résultats qui devraient apparaître sur l’écran, alerte Laurent Delahousse. Les résultats de ce premier tour au Havre que l’on attend un petit peu… —… Au Havre, précise Léa Salamé. — Pour le moment, on les a pas. On a va à Calais. » Où Natacha Bouchart (droite extrême) est réélue. Puis on va à Besançon. Priorité à l’extrême droite, intervient Léa Salamé : « Nous avons également les premières estimations à Toulon. Est-ce qu’elles vont s’afficher sur… euh… l’écran. Toulon où Laure Lavalette pour le RN attend énormément de ce premier tour. Toulon, est-ce qu’on peut avoir les toutes premières estimations ?… Vous les avez ? Oui, on y va.Non, on ne les a pas encore, dément le sondologue Brice Teinturier. — Est-ce qu’on a les résultats de ce premier tour à Lille ? s’enquiert Laurent Delahousse. On attend cela avec impatience… Et on va prendre la direction du Havre. — Édouard Philippe a une avance assez confortable », assure un reporter.

Priorité à l’extrême droite, reprend Léa Salamé : « Il y en a un qui a plié le match, c’est Louis Aliot à Perpignan, il est réélu. » Un reporter le confirme mais il est interrompu. « On écoute le président du RN, Jordan Bardella », s’impose Laurent Delahousse. Après quoi, il demande : « Que retenir de ses propos ? — La volonté de parler très vite, très tôt, répond Benjamin Duhamel. C’est pour donner le ton des analyses qui seront faites dans cette soirée. — Et les éléments de langage, complète Laurent Delahousse… — Absolument. » En effet, priorité à l’extrême droite, l’éditorialiste s’empresse de reprendre le ton donné par le RN et ses éléments de langage : « D’excellents résultats à Perpignan puisque Louis Aliot est réélu au premier tour, Laure Lavalette, qui est très haut à Toulon. Et c’est important ce que dit Jordan Bardella sur les alliances. Il tend la main à ce qu’il appelle les listes de droite sincère contre l’extrême gauche. » C’est important d’opposer un barrage républicain à LFI et ses alliés.

L’heure est déjà au bilan pour Léa Salamé. « Quels enseignements à tirer à 20h10 ? — On a bien deux mécaniques différentes entre les grandes villes et le reste du pays, estime Brice Teinturier. Il y a de la mobilisation quand il y a de l’enjeu et l’enjeu, il est dans les grandes villes. » Dans les petites villes, les villages, il n’y a aucun enjeu donc pas de mobilisation — de France 2.

Priorité à l’extrême droite, « on va retrouver notre journaliste à Perpignan, propose Laurent Delahousse. — On attend la prise de parole de Louis Aliot », informe le reporter. Tellement hâte. En attendant, priorité à l’extrême droite. Léa Salamé : « On part à Toulon, au QG de Laure Lavalette. » Priorité à l’extrême droite, enchaîne Laurent Delahousse : « On prend la direction de Nice, où on commence à dépouiller. On est impatient de découvrir les premiers résultats de ce duel à Nice. » Où on commence à dépouiller, confirme la reportrice.

Priorité à l’extrême droite, reprend Léa Salamé en plateau, « Jean-Baptiste Marteau va nous faire un petit point sur les premiers résultats qu’on peut vous donner. — On va revoir les derniers résultats qui nous sont parvenus avec Toulon avec Laure Lavalette en tête. On peut revoir Perpignan, évidemment. » Évidemment. Et Nice, peut-être ? Non. « Autre ville dont on a les résultats, Calais. » Où la droite extrême est réélue avec Natacha Bouchart. Quand soudain, une ville de gauche vient perturber cette soirée d’extrême droite. Brice Teinturier : « À Lille, il y a une bataille au couteau entre le PS et LFI, chacun aux alentours de 25 %. » Rappelons que les candidats LFI se présentent avec le couteau entre les dents.

« Pour l’instant, pour LFI, ce sont des bons résultats, admet Benjamin Duhamel. — Avec un impact évidemment de l’actualité internationale dans ces votes-là », décrypte Léa Salamé. Ah bon ? D’où tient-elle cette information ? Comment sait-elle que le bon résultat de LFI à Lille est dicté par l’actualité internationale ? Benjamin Duhamel prolonge l’analyse : « Avec une forme de dissonance entre le débat public à l’échelle nationale, les polémiques sur la mort de Quentin Deranque, sur les soupçons d’antisémitisme après les propos de Jean-Luc Mélenchon et, très concrètement, le comportement d’électeurs que ça n’a pas empêché de mettre un bulletin insoumis dans l’urne. » Une dissonance à laquelle les éditorialistes qui façonnent le débat public sont totalement étrangers.

Un détour par les QG d’Emmanuel Grégoire et de Rachida Dati, puis une ville de gauche vient encore déséquilibrer la soirée : « On a Rennes qu’on peut vous donner avec les premières estimations. » Priorité à l’extrême droite, Laurent Delahousse propose un résumé de la situation : « On va voir apparaître sur ce grand écran les résultats ou les premières estimations dont on dispose à 20h24. » Revoici Perpignan, Toulon, « Natacha Bouchart est réélue à Calais ». Il est 20h25, « on est obligé de rendre l’antenne, prévient Laurent Delahousse. — Tout de suite, annonce Léa Salamé, c’est la cérémonie de clôture des jeux Paralympiques ». Fin de la soirée centrée sur l’extrême droite sur France 2.

En comparaison, TF1 apparaît comme une chaîne de gauche radicale. Premiers résultats et duplex pour Le Havre, Roubaix (où le candidat LFI est en tête), Nîmes, « dernière grande ville détenue par les LR » (où le candidat PC arrive premier). Sur BFMTV, Apolline de Malherbe donne la priorité à Philippe Ballard, député du RN, pour commenter l’allocution de Jordan Bardella, président du RN. Puis elle interroge Alain Duhamel : « Comment vous réagissez à cette déclaration de Jordan Bardella ? — Je dirais qu’il a pris de l’assurance sur un plan technique. » Voilà une bonne nouvelle pour l’extrême droite.

Sur Franceinfo, c’est à Nathalie Saint-Cricq que la présentatrice demande de réagir au discours de Bardella : « Prise de parole à 20h05, ça veut dire quoi ? — Ça veut dire qu’on pense qu’on est le premier, qu’on a gagné. Ça donne une idée d’importance, de grade le plus élevé. Ça donne l’impression qu’il y a eu une vague du RN, donc c’est tout bon en communication. » Décidément, l’extrême droite a tout bon sur le service public — et dans la famille Duhamel. En revanche, s’épouvante Gilles Bornstein, « les Insoumis peuvent prétendre à la mairie de Lille, ce qui serait un cataclysme ». Une apocalypse. Les Lillois seraient contraints de demander l’asile politique à Hénin-Beaumont.

Sur CNews, Franz-Olivier Giesbert craint que les deux listes de droite et celle de gauche s’allient contre Laure Lavalette à Toulon : « Les Français ne vont pas se faire avoir encore une fois, c’est pas possible ! » Ils se sont déjà fait voler les dernières législatives, où le RN aurait dû l’emporter. Sur BFMTV, « je trouve très intéressants les résultats de LFI, relève Apolline de Malherbe. Il y a eu évidemment la mort de Quentin, la question de l’implication des proches du député Raphaël Arnault ». Les électeurs de LFI sont complices d’un assassinat, c’est très intéressant.

Sur Franceinfo, Nathalie Saint-Cricq met en garde : « La stratégie de LFI est arrivée subrepticement. » Des fourbes, chez LFI. « Avec la main tendue de Sophia Chikirou, du genre “venez avec moi”. Ça veut dire que le PS-Place publique se met sous la houlette et sous le bouclier de LFI, au nom de ce qu’ils appellent le front antifasciste, ça caractérise une forme hégémonique de comportement de LFI. » C’est cataclysmique, l’antifascisme. Sur BFMTV, Apolline de Malherbe avertit aussi : « Emmanuel Grégoire a refusé de dire que Sophia Chikirou était son adversaire. — C’était sa “concurrente”, confirme Marie Chantrait. — Le mot montre bien une alliance », déduit Apolline de Malherbe. Le PS se compromet avec des meurtriers.

À Lyon, Grégory Doucet, le maire sortant, fait jeu égal avec Jean-Michel Aulas, le chouchou des sondages et des médias. Depuis le QG de ce dernier, le reporter de BFMTV est désarçonné : « Les Lyonnais adorent évidemment Jean-Michel Aulas mais n’ont pas forcément compris quel était son programme. » Leur amour de la droite a été bridé par leur malcomprenance. En plateau, intervient Julien Arnaud, « je vous donne le résultat de Brest. Le maire depuis 2001 est devancé par la droite. Évidemment, c’est une surprise ». Le présentateur omet de donner le score des autres listes, dont celui, très élevé, de LFI, qui donne la gauche largement majoritaire à Brest.

Sur CNews, Jules Torres, du JDD, agite comme Apolline de Malherbe et Nathalie Saint-Cricq l’épouvantail de « l’extrême gauche », mentionnant toute la soirée la « soixantaine de listes communes PS-LFI au premier tour. — Il faut qu’on arrête avec le front uni antifasciste, réagit Julien Dray (seul invité « de gauche » pendant toute la soirée). Le mot “fascisme” est devenu un mot valise qui ne veut plus rien dire. — “Nazi”, corrige Gauthier Le Bret. — “Néonazi”, a dit Emmanuel Grégoire, précise Laurence Ferrari. — Il faisait référence à l’alliance de Sarah Knafo au Parlement européen avec l’AFD, explique Julien Dray. Mais il faut arrêter avec ça, ça ne sert à rien ». Il faut arrêter d’être antinazi, c’est préjudiciable. « À Lyon, LFI flirte avec les 10 %, dénonce Gauthier Le Bret. Lyon, ville meurtrie par le meurtre de Quentin, avec cette candidate de LFI qui portait un tee-shirt de la Jeune Garde. » Il y a donc près de 10 % de terroristes d’ultragauche à Lyon.

Soudain, un résultat étonnant s’affiche sur le bandeau de CNews. À Perpignan, il proclame : « P. Advenard, extrême gauche, 49,67 % », puis deux divers gauche à 16,25 % et 13,33 %, et enfin LFI à 10,11 %. La régie a dû être piratée par un islamo-gauchiste.

À 21h30, Louis Aliot est en direct sur toutes les chaînes (sauf BFMTV) puis, priorité à l’extrême droite, Franceinfo rediffuse le discours de Bardella. De grandes villes comme Nantes, Bordeaux ou Rennes sont quasi absentes de la soirée sur l’ensemble des chaînes.

« Nous prenons la direction de Béziers, annonce Amélie Carrouër sur LCI. Robert Ménard, vous revendiquez la victoire. — Oui, c’est la victoire du bon sens, je m’occupe des gens et j’essaie d’apporter les réponses dont ils ont besoin en termes de sécurité, de lutte contre l’immigration non contrôlée. » Des prérogatives qui ne lui appartiennent pas. Peu importe, Jean-Christophe Boursier s’empresse de l’embaucher comme expert : « Vous êtes habitué du décryptage de la vie politique, quel regard vous portez sur cette soirée ? » Mais le présentateur doit vite l’interrompre : « Restez avec nous, Franck Allisio s’exprime à Marseille. » Et sur toutes les chaînes. Puis Jean-Christophe Boursier rappelle Robert Ménard : « Vous avez des mots pas tendres avec le RN. — Oui, sur le terrain économique, ils sont socialistes. » Et Christian est trotskiste. Ça se tient.

Sur Cnews, Laurence Ferrari interrompt Julien Dray : « Excusez-nous, Louis Sarkozy s’exprime à Menton. » « Le score que nous avons réalisé ce soir m’honore », déclare le candidat à papa, lamentablement arrivé troisième. « Julien Dray, reprend Laurence Ferrari, vous deviez répondre à Sébastien Chenu qui vous interrogeait sur la clarté du PS vis-à-vis de LFI. — LFI fait des scores sérieux dans un certain nombre de villes qu’on n’attendait pas, avec un vote jeune, reconnaît Julien Dray. Pour nous, les socialistes, plus on sera sur le terrain de l’antifascisme, plus on fera le jeu de LFI. » Mieux vaut être anti-antifasciste. « Donc il faut qu’on fasse une introspection pour parler à tous ces jeunes pour les faire revenir dans une logique républicaine. » Les empêcher d’abattre la République avec LFI. « Y a un travail intellectuel très important à faire. » Y pas meilleur endroit pour le faire que Cnews.

s. Gontier ; télérama