
Une question de taille
On ne bascule pas dans le capitalisme numérique, on s’enfonce dans le capitalisme tout court.
Le débat sur la 5G fait écho aux analyses nombreuses sur l’avènement du capitalisme numérique. La crise sanitaire aidant, les géants du numérique ont vu exploser leur chiffre d’affaires. Ce n’est que l’accélération d’un processus déjà à l’œuvre depuis quatre décennies, à savoir la numérisation des modes de production et de consommation. La critique sociale-démocrate de cette transformation dénonce la constitution de monopoles privés géants produisant inégalités et contournement des États sociaux. Pour elle, la numérisation productive ne pose pas de problème politique en tant que telle. La critique marxiste du capitalisme numérique pointe la capacité de ces plateformes à capter la valeur produite ailleurs. Ces entreprises numériques sont alors identifiées à des prédateurs qui prélèvent une valeur économique existante et créée par des entreprises classiques.
Ces deux critiques proposent la transformation de ces géants numériques en service public. Cette transformation protégera les travailleurs et limitera les productions inutiles. Ces analyses se limitent à la question de la propriété privée des plateformes sans questionner la signification politique de la transformation numérique. Celle-ci n’est pas simplement critiquable pour ses inégalités. Elle produit une aliénation vis-à-vis des systèmes numériques, dont les inégalités économiques ne sont qu’une dimension. Rappelons que cette numérisation du capitalisme n’est pas contingente, elle a pour objectif de rationaliser la production et la consommation. Elle se présente d’ailleurs comme cela : aller plus vite, plus loin, produire et consommer plus en moins de temps. Or, cette accélération s’appuie sur des systèmes de production déjà intégrés au niveau mondial, les chaînes globales de valeur, qui doivent alors s’étendre à toutes les sphères de la vie. Une part de plus en plus importante des entreprises numériques s’occupe de produire non plus des marchandises, mais des humains standardisés et performants, comme le montre la poussée numérique dans l’éducation et la santé.
Le capitalisme numérique, c’est l’intégration numérique de l’ensemble de la société sous le signe de la rationalisation. Il se définit par la cohérence technologique de trois types d’entités : l’infrastructure du réseau (entreprises télécoms), la collection et le traitement de l’information (algorithmes et IA) et les terminaux (entreprises d’informatique). Ces trois entités ont un codéveloppement technologique cohérent visant la rationalisation. Elles doivent toujours s’appuyer sur les autres entreprises industrielles qui produisent les valeurs d’usage. Les grandes entreprises automobiles, aéronautiques, textiles, pétrolières vont largement profiter de cette numérisation et en particulier du déploiement de la 5G. On ne bascule pas dans le capitalisme numérique, on s’enfonce dans le capitalisme tout court. Ces grands systèmes intégrés sont démesurés. Si l’on définit l’émancipation par la capacité des communautés à définir par elles-mêmes leur manière de produire et de consommer, alors la taille démesurée de ces grands systèmes numériques signifie que cette rationalisation est une aliénation
Politis
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Une image vraie car diffusée sur les télés officielles chinoises montrent, sur la muraille de Chine, Poutine dialoguant avec Xi Jinping. Et je reste BIEN sur le sujet .Ils parlent des progrès technologiques et Poutine dit à Xi : » Nous pourrons, grâce au Progrès technologique (sous-entendu l’IAg et les Bbiotechnologies numériques), vivre jusqu’à 120 ans. Nous deux, pas le bas peuple que nous enfumons et exploitons comme les Yankees. D’ailleurs, ils sont cons : on a réussi tous les deux à être dictateur à vie et on a les meilleurs médecins pour notre élixir de longévité et continuer à dresser nos peuples et les autres. Dans le dressage de peuples, on a une longue expérience. Ce con de Trump pense faire comme nous, devenir Président à vie : dénoncer leur validation et truquer les élections. Et autour de lui ces soutiens de la Silicon baissent le masque en déclarant ouvertement maintenant : « la démocratie est dépassée à l’ère du numéricène », « les notions d’intimité et de liberté individuelle sont obsolètes ». Nous, on le sait depuis longtemps. Notre ordre et nos diktats nous les imposons sans leur fameux État de droit dépassé et qui finit par les déranger. Les affaires, c’est les affaires, pour eux comme pour nous, et les scrupules démocratiques c’est leur arriéré. Nos rivaux sont donc les gars de la Big Tech US qui utilisent leur marionnette gâteuse qui parle comme un gamin de 5 ans. En off, je suppose que Vlad a dit à Xi : « c’est ma marionnette comme c’est aussi la marionnette de Netanyahou. Et ce con croit faire un deal avec moi contre toi ! » Et en arrière-fond, on va faire un retour-arrière dans l’Histoire : les Russes ont humilié à l’époque du pseudo-« communisme », faussement prétendu « marxiste », les Chinois sous Mao. Et comme on vit de sinistres refoulés revanchards de l’Histoire sur fond d’impérialismes capitalistes guerriers en confrontation, on peut constater que le néo-Tsar de Toutes les Russies blanches, chrétiennes et viriles (il suffit de regarder Russia1 pour entendre sa voix en direct) est bien fragile par rapport à la nouvelle Chine hyper techno-capitaliste dite « communiste » et que Vlad pourrait connaitre un violent retour de bâton (et là c’est Marx, mais Groucho, qui en sourit derrière ses moustaches facétieuses car l’autre il y a belle lurette qu’il rumine de grogne dans sa tombe). Et si les Yankkes hper-capitalistes et les Chinois non moins hypercapitalistes décidaient de se partager le monde ? C’est une question qui d’ailleurs se répand. Alors pauvres Africains et pauvres de tous les autres dont nous.
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https://shs.cairn.info/revue-reseaux-2022-1-page-167?lang=fr
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Daniel Cohen est Directeur du département d’économie de l’École normale supérieure et membre fondateur de l’École d’économie de Paris. Il vient de publier un essai intitulé « Homo Numericus – la civilisation qui vient » aux éditions Albin Michel.
Également appelé le capitalisme de surveillance, le capitalisme numérique est évidemment lié à l’essor d’Internet, mais surtout à la mainmise des GAFA, qui ont pris, petit à petit, une place importante dans nos vies. Cette nouvelle manne capitaliste oriente et cible ses publicités grâce à l’extraction de données. Quelles sont les caractéristiques de ce nouveau capitalisme 2.0 ? Est-il l’ultime étape avant l’avènement d’un monde orwellien ?
Bien loin du totalitarisme de l’époque soviétique, qui avait inspiré à Georges Orwell son livre 1984, le capitalisme numérique demande au consommateur d’aller plus loin dans l’expression de son identité, pour capter ses désirs et ensuite lui offrir des publicités adaptées à ses goûts. Ces algorithmes, qui sont au cœur du business de Google, Facebook, Netflix, Instagram et de tant d’autres, fabriquent la pensée d’aujourd’hui et sans doute celle des générations futures. Si on parle de capitalisme numérique, c’est que ces deux notions ont presque fusionné. Internet est devenu l’épine dorsale de nombreux pans de notre quotidien, alors que le capitalisme irrigue nos sociétés depuis des décennies.
Une promesse libertaire trahie
Dans les années 1970, les pionniers de la révolution informatique utilisaient, ce qui à l’époque s’appelait ARPANET, un système de communication pensé par le ministère de la Défense américain. Peu à peu, ils l’ont utilisé pour eux-mêmes en en faisant une utopie. Loin de l’autorité et de l’obéissance, Internet, ce nouveau système de communication horizontal, promettait un lieu où la parole de tous pourrait être écoutée sans rapport de pouvoir. Progressivement, cette utopie libertaire a été cannibalisée par le capitalisme.
Google, les gardiens du Temple
Daniel Cohen pointe du doigt le géant Google et sa main mise mondiale sur le secteur économique : « Si vous avez une société et que vous voulez faire un peu de publicité sur le net, vous devez payer un droit d’usage pour pouvoir figurer en tête des recommandations sur Internet. Il faut régle une taxe à Google, ce qui est presque de l’extraction de TVA, un droit d’usage. Google a un monopole correspondant à un droit de passage vers un océan numérique dont il est le seul gardien. »
Une numérisation globale qui passe par l’IA
Avec l’intelligence artificielle, le capitalisme numérique s’accélère. L’IA aura à terme, selon Daniel Cohen, la capacité de suivre chacun des huit milliards d’humains qui peuplent la planète : « l’intelligence artificielle donne la possibilité de faire de la reconnaissance faciale. Quand vous rentrerez dans un aéroport, il n’y aura plus de passeport parce qu’on saura exactement qui vous êtes. Dans un magasin, il n’y aura plus besoin de payer, on saura qui vous êtes, et ce que vous achetez. C’est déjà en fait en train de se faire, mais ça va être radicalisé grâce à l’intelligence artificielle. »
Réduire le coût de nos interactions sociales
Daniel Cohen évoque la distorsion des rapports créé par le numérique : « Quand vous allez sur un réseau social, vous êtes soumis à ce qu’on appelle l’économie de l’attention. Pour vous faire entendre, il faut parler plus fort que les autres. Le problème, c’est que cette culture anti-système s’agrège à une culture très individualiste qui devient explosive.
En parallèle, ce que cherche à faire le capitalisme numérique est de réduire le coût de nos interactions sociales, c’est à dire à faire qu’on n’ait plus besoin de se voir en face à face. » Une optimisation des rapports que l’on retrouve aussi sur les applications de rencontres comme Tinder, mais aussi chez le médecin ou au supermarché en mettant en place une organisation globale obéissant au principe de réduction des coûts. Dans cette émission, Daniel Cohen alerte également sur cette « taylorisation » qui s’applique aussi au domaine de la conscience et de la vie politique, créant peu à peu une société à la psyché différente où les théories du complot fleurissent, rassemblent et créent de véritables ghettos numériques.
Mais comment casser cette logique capitaliste ? Et est-ce à l’État ou à l’individu de résister à cette nouvelle forme de capitalisme ?
? Daniel Cohen – « Homo Numericus – la civilisation qui vient » aux éditions Albin Michel.
Pour en savoir plus, écoutez l’émission…
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/zoom-zoom-zen/zo
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Capitalisme numérique et idéologies
Depuis son apparition, Internet a porté les espoirs d’un nouveau progrès social et politique (Benkler, 2006 ; Cardon, 2010). Il est en outre devenu aujourd’hui l’un des foyers majeurs de l’économie mondiale, cristallisant les enjeux autour de sa régulation, des processus de captation de valeur et des inégalités produites. Implantés dans les différents hubs technologiques du monde, ses principaux acteurs sont envisagés comme les promoteurs d’une nouvelle forme de capitalisme (Zukerfeld, 2017), voire d’une menace pour la démocratie (Morozov, 2011 et 2013). Leur hégémonie, identifiée à l’essor de la Silicon Valley (Lecuyer, 2006), appellent un renouvellement des outils et modes d’appréhension classiques.
Le schème de la « société de l’information » qui a accompagné l’avènement de l’économie post-industrielle (Bell, 1973), avait déjà fait l’objet d’un vaste ensemble d’analyses et de critiques. Celles-ci ont porté aussi bien sur le déplacement de la création de valeur vers le secteur tertiaire, sur les transformations du système de production et les nouvelles formes de circulation du capital dans le contexte des réseaux d’information (Castells, 2001 ; Schiller, 1999), ou encore sur les mutations dans les discours et les pratiques caractérisant ce « nouvel esprit du capitalisme » (Boltanski et Chiapello, 1999).
Les travaux plus récents consacrés à la critique du capitalisme numérique ont notamment cherché à réactiver les liens établis entre travail, exploitation et aliénation, à travers une théorisation d’un capitalisme cognitif (Moulier-Boutang, 2008), de la surveillance (Zuboff, 2019) ou encore du microtravail (Casilli, 2019). Ces tentatives de refondation posent en creux la question du brouillage des frontières traditionnelles entre travail et valeur situées au cœur de la pensée économique classique et néoclassique.
Or, à contre-pied de ses formes préalables, le capitalisme numérique présente un certain nombre d’anomalies à cet égard. En premier lieu, il ne repose pas sur un processus systématique de marchandisation (culture de la gratuité, économie du partage). L’exclusivité des grandes entreprises y est relative (cf. « l’écosystème des startups »). La toute puissance du manageur et des grands patrons y laisse souvent place aux explorations des développeurs et aux prises d’initiative des entrepreneurs. La propriété privée n’y va pas de soi comme l’illustre l’histoire du logiciel libre (Broca, 2013), tandis que l’exploitation prend des formes plus ambivalentes sous l’effet de l’autonomie du travail, de la gamification e t de la libre contractualisation. Enfin, le développement des organisations repose largement sur une économie d’investissements marquée par le rôle prépondérant des venture capitalists (Ferrari, Granovetter, 2009). Si le capital y est donc toujours central, c’est le plus souvent sous des formes recomposées et mis en circulation via des chaînes de valeur différées, extensibles, décentralisées, fondées sur des relations d’encastrement et des réseaux d’interconnaissances.
La structure de ce système productif repose ainsi sur une financiarisation des cycles d’innovation, l’encastrement entre nouvelle et ancienne économie, des techniques managériales, le développement de la contractualisation ou du travail libre, qui rendent l’avenir de la protection sociale particulièrement incertain (Colin, 2018). À ce titre, un certain nombre d’enjeux peuvent être dégagés, qu’il s’agira plus spécifiquement de mettre en lumière :
- la négociation de faibles contraintes juridiques et fiscales par les grandes entreprises du numérique (fiscalité, droit du travail, contentieux etc.) ;
- les nouvelles formes d’organisation du travail que recouvre le « capitalisme de plateformes », associant des formes d’hypersalariat et un processus de précarisation/destruction d’emplois ;
- les entraves éventuelles à l’émergence de modèles alternatifs de propriété, d’échange, de production et de redistribution (communs, coopérativisme, makers, cryptomonnaies, etc.) ou bien leur réintégration dans le fonctionnement général du capitalisme numérique ;
- le renversement de la norme de la vie privée à travers la question de la collecte des données et du traitement de l’information.
Deuxièmement, on apportera une attention particulière à l’homogénéité des systèmes narratifs (« startup Nation », théorie de la disruption, etc.). En effet, une série de discours sont ainsi produits afin d’accompagner, justifier, ou motiver des transformations technologiques – sans que la nature politique de ces dernières ne soit toujours pleinement reconnue. Opéré par un petit nombre d’acteurs, ce travail idéologique vise à légitimer une « révolution numérique » à travers la production de scénarios et cadrages narratifs. Il est ainsi devenu coutume d’associer l’essor d’Internet à une forme d’« idéologie californienne », recouvrant confusément libertarianisme, déterminisme technologique, transhumanisme, etc. (Barbrook et Cameron, 1996 ; Turner 2006). Plus généralement, à mesure que ces nouvelles formes de capitalisme se sont développées, le libéralisme s’est profondément transformé et renouvelé et constitue désormais, sous des déclinaisons diverses, un cadre de pensée prépondérant (Loveluck, 2015).
Ces discours tendent paradoxalement à masquer leur dénominateur commun, celui d’une anthropologie philosophique adossée à la microéconomie, aux sciences cognitives et à des formes de psychologie déterministe. Ce faisant, ils naturalisent des points saillants relatifs à la manière dont la subjectivité est intégrée au système productif, à l’image du mouvement du quantified self.
Cnrs