
Le gouvernement ampute le plan d’urgence pour la rénovation des écoles
Fin juin, en pleine canicule, le gouvernement annonçait un plan d’urgence pour aider les collectivités à adapter les écoles. D’un montant dérisoire, environ 60 millions d’euros, il visait à améliorer le « confort d’été » : protections solaires, volets, brise-soleil, ventilation, isolation…Le gouvernement vient de l’amputer des deux tiers. Ce n’est plus de l’impréparation, c’est un choix politique.
Canicule en mai.
Canicule en juin.
Canicule en juillet.
Canicule en août.
Et maintenant canicule en septembre.
Et toujours cette sécheresse qui s’installe, se prolonge et s’aggrave.
Voilà le climat et le monde dans lequel nos enfants grandissent.
Le gouvernement, lui, gouverne dans un monde parallèle.
Le dernier épisode est proprement sidérant.
Alors que les températures remontent à nouveau sur une grande partie du pays, quelques jours seulement après la rentrée scolaire, on apprend que le gouvernement a décidé de couper 40 millions d’euros dans le plan d’urgence destiné à adapter les écoles à la situation climatique.
Oui, vous avez bien lu.
40 millions d’euros supprimés.
Sur une enveloppe qui n’était déjà que de 60 millions … alors qu’il faudrait trouver et financer des milliards d’euros.
Autrement dit, le gouvernement retire environ les deux tiers des crédits annoncés pour ce plan.
Il ne reste plus que 16 millions d’euros.
Seize.
Millions.
Pour adapter les 57 700 écoles et établissements du second degré que compte le pays.
Sur ces 16 millions restants, il s’agit essentiellement de financer des diagnostics pour les 2 500 écoles les plus vulnérables.
Le Sénat appelait déjà en 2023 à faire de la rénovation thermique du bâti scolaire un sujet prioritaire. En 2026, après un été marqué par des épisodes de chaleur exceptionnels, ils en sont encore à bricoler des enveloppes de quelques dizaines de millions d’euros.
Quelques dizaines de millions pour des milliers d’écoles.
C’est dérisoire.
Il faut être aveugle, sourd — ou plutôt enfermé dans un ministère climatisé — pour ne pas voir l’urgence.
Le 7 juillet, le ministre de l’Éducation nationale indiquait que 4 000 écoles avaient été fermées à un moment ou à un autre pendant les épisodes de chaleur et que 11 000 autres avaient dû aménager leurs horaires.
Et la réponse du gouvernement consiste quelques semaines plus tard à expliquer qu’il faut finalement retirer 40 millions d’euros au plan prévu pour adapter ces bâtiments.
C’est dingue. Complètement dingue.
Dans quel monde vivent-ils ?
Pas dans le nôtre, où nous savons.
Nous savons que les écoles sont souvent mal isolées.
Nous savons qu’elles disposent de trop peu de protections solaires.
Nous savons que les cours sont trop souvent minéralisées.
Nous savons que les bâtiments ont été conçus pour un climat qui n’est plus celui que nous connaissons.
Nous savons que les vagues de chaleur vont se multiplier.
Nous savons que les enfants sont particulièrement vulnérables aux fortes chaleurs.
Nous savons qu’il faut urgemment isoler, protéger nos écoles du soleil brûlant, végétaliser les cours et abords des écoles, désimperméabiliser les sols, planter des arbres, réorganiser les bâtiments, améliorer la ventilation, adapter les toitures, transformer les cours.
Oui, tout cela a un coût. Le coût de l’inaction climatique passée. Arrêtons de le faire grandir : investissons et donnons aux communes les moyens financiers de transformer les écoles. De transformer nos communes.
Cette baisse des crédits disponibles est d’autant plus scandaleuse que la rénovation des écoles ne relève pas simplement de l’adaptation climatique.
C’est aussi une question de santé publique.
Une question d’égalité territoriale.
Une question de qualité du service public.
Une question de pouvoir d’achat pour les collectivités.
Une question de sobriété énergétique.
Et une question d’avenir pour nos enfants : veut-on les placer au coeur de notre projet collectif ou en faire une variable d’ajustement budgétaire ?
Dans quel monde considère-t-on que 16 millions d’euros suffisent pour adapter les écoles françaises à un climat qui vient déjà de contraindre 15 000 établissements à fermer ou à modifier leur fonctionnement ?
Dans quel monde accepte-t-on que des enfants puissent être confrontés à à 30°C, 35°C ou plus dans des bâtiments scolaires, tout en expliquant que les travaux peuvent attendre ?
Dans quel monde considère-t-on qu’un plan annoncé en pleine urgence peut être amputé de deux tiers quelques semaines plus tard ?
Dans quel monde considère-t-on que l’adaptation au changement climatique est une dépense que l’on peut facilement mettre entre parenthèses ?
Dans quel monde vivez-vous Emmanuel Macron, Sébastien Lecornu, Roland Lescure ?
Vous continuez à traiter le dérèglement climatique comme une succession d’événements exceptionnels. Vous continuez à procéder à des choix budgétaires qui sacrifient notre avenir commun et nos enfants. Vous continuez à vouloir vivre dans le monde d’avant.
Nous, le monde dans lequel nous vivons, nous le voyons très bien.
C’est celui où les canicules deviennent récurrentes.
Celui où la sécheresse s’installe.
Celui où les écoles ferment.
Celui où les collectivités cherchent désespérément des financements.
Et celui où le gouvernement trouve encore le moyen de retirer 40 millions d’euros au moment même où la réalité climatique lui hurle au visage qu’il faut faire exactement l’inverse.
Ce n’est plus de l’impréparation. C’est un choix politique.
Et ce choix, il faudra bien que vous l’assumiez.
Parce que lorsque nos enfants demanderont pourquoi nous savions et pourquoi nous n’avons pas agi, les excuses budgétaires ne pèseront pas lourd.
Nos enfants, eux, n’auront pas oublié.
#NosEnfantsVOUSAccuseront
Maxime Combes, sur mediapart