
De nouveaux curages des terres polluées au plomb à prévoir
La pollution léguée par l’ancienne fonderie Metaleurop est encore bien d’actualité : trois sites, dont le stade de foot Gérard-Houiller, ont des sols avec des teneurs en plomb et en cadmium élevées. De nouveaux décaissements de terres polluées sont prévus.
C’est la mauvaise nouvelle de fin de conseil municipal jeudi, à Évin-Malmaison. « Ce n’est pas une surprise, on a un sol pollué sur la commune. Avec des teneurs (en plomb et en cadmium) qui sont assez importantes. Il va y avoir des décaissements à faire sur certains sites », a expliqué le maire Christophe Caux en fin de séance. Ce dernier en a été informé lundi par la sous-préfète de Lens, Sandra Guthleben, en amont d’une réunion de suivi du PIG Metaleurop (périmètre de 700 hectares pollué par l’ancienne fonderie) qui s’est tenu hier après-midi en préfecture d’Arras.
Les cours d’écoles de la ville avaient déjà dû être dépolluées à l’été 2023 (celles de Courcelles-lès-Lens aussi étaient concernées) ; une mesure qui faisait suite à une enquête du journaliste Martin Boudot pour l’émission « Vert de rage » (France 5) en 2022.
Six sites décaissés ou analysés
Jeudi soir, le maire évinois a listé six endroits où il faudra réaliser des décaissements des surfaces enherbées ou mener des évaluations quantitatives des risques sanitaires (EQRS). Selon le document daté du 15 juin dernier, intitulé « Synthèse des investigations de sols réalisées », que le maire nous a transmis, on apprend que des études de sols ont eu lieu en avril 2025 aux abords du centre Gino-Sanna, du city stade et de la Maison pour tous, de la salle des sports Budillon et de l’aire de jeux rue Massenet. Le sol du stade de football Gérard-Houllier a, lui, été analysé en octobre 2025.
Résultats ? Trois sites pollués vont être décaissés pour remettre de la terre inerte : les sols autour du city-stade (jusqu’à 790 mg/kg) et de la salle Budillon (jusqu’à 1 300) présentent des teneurs « supérieures à la valeur à portée sanitaire » (300 mg/kg) définie par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Tout comme ceux du stade Gérard-Houiller qui présentent « des niveaux élevés de pollutions en plomb et en cadmium », peut-on lire dans la synthèse. À l’inverse, aucune mesure n’est à prévoir du côté de la Maison pour tous.
« Il y aura un décaissement (au stade) de 30 centimètres, ce qui représente 9 000 tonnes de terres. Il ne s’agit pas des deux terrains, mais des contours de ceux-ci, du grillage jusqu’à la limite des terrains. Les travaux se feront en juillet et août 2027 », a précisé l’édile évinois. Il est recommandé en attendant de respecter les mesures « d’hygiènes habituelles (nettoyage des mains, des ongles, etc.) ». Le retrait des terres polluées autour de la salle Budillon et du city-stade devrait, lui, avoir lieu lors des vacances de la Toussaint en octobre.
Concernant trois autres sites (centre Gino-Sanna, aire de jeux rue Massenet et la zone labyrinthe à l’école Dolto), des études doivent être lancées en septembre. En 2023, les parents d’élèves de l’école Dolto s’étaient inquiétés que seule la zone côté toboggan soit décapée.
De nouvelles analyses
À la suite de la réunion à Arras, le maire évinois nous précise que consigne a été donné par le préfet de « limiter l’accès aux zones enherbées polluées », ce que la ville fera prochainement à l’aide de rubalise et de barrières. Une réunion publique à l’attention des habitants pourrait être organisée « courant septembre » et de « nouvelles analyses des sols des trois écoles décapées (Blum, Méresse-Ségard et Dolto côté toboggan en 2023) seront réalisées avant la rentrée prochaine » pour lever tout doute de nouvelle pollution. Coût de l’ensemble des travaux et études ? « 970 000 €, entièrement à la charge de l’État », a précisé M. Caux. La seule bonne nouvelle dans ce dossier.
** **
Commentaire
Nous ne pouvons que nous féliciter de cette décision, même si elle intervient avec beaucoup de retard.
Depuis la création de notre association il y a maintenant 12 ans, nous n’avons cessé d’alerter les pouvoirs publics sur les dangers liés à la pratique du sport et aux activités des enfants sur des terrains pollués au plomb et au cadmium. Avec le journaliste Martin Boudot, dont les enquêtes ont permis de mettre en lumière cette situation sanitaire préoccupante, nous avons dénoncé à plusieurs reprises les risques encourus par les habitants, et en particulier par les plus jeunes.
Il était plus que temps de réagir afin d’éviter d’autres conséquences sur la santé des enfants. Certes, nous nous réjouissons enfin de voir ces travaux de dépollution se concrétiser, mais il aura fallu attendre 12 longues années après la création de notre association pour que des mesures à la hauteur des enjeux soient engagées.
Par ailleurs, même si les pouvoirs publics et certaines administrations continuent de vouloir faire croire que la pollution héritée de Metaleurop n’est pas plus importante qu’ailleurs dans le département, les constats rendus publics aujourd’hui démontrent malheureusement que ce que nous dénonçons depuis des années est toujours bien présent sur notre territoire. Les teneurs élevées en plomb et en cadmium relevées sur plusieurs sites fréquentés par les enfants et les sportifs en sont une nouvelle preuve.
Ces nouvelles opérations de décapage confirment également que la réparation du préjudice écologique causé par cette pollution passe nécessairement par une prise en charge globale et ambitieuse. C’est pourquoi notre association continue de demander le décapage des sols pollués chez les habitants ainsi que dans l’ensemble des parcs, espaces publics et lieux de vie concernés. Une demande en ce sens est actuellement en cours et a été déposée par notre association.
Comme le dit le proverbe, tout vient à point à qui sait attendre. Toutefois, lorsqu’il s’agit de la santé de nos enfants, l’attente ne devrait jamais être une option. Douze années pour voir enfin reconnaître la nécessité de tels travaux, c’est beaucoup trop long lorsqu’il est question de protection sanitaire et environnementale.
Nous resterons mobilisés jusqu’à ce que l’ensemble des mesures nécessaires soient prises afin de garantir durablement la protection de la population et la réparation complète des préjudices subis.
Evin PIGE