Relance nucléaire

Pourquoi le retour en grâce du nucléaire civil n’est pas une bonne nouvelle

Choisir de privilégier la relance du nucléaire par rapport aux renouvelables c’est accepter par avance de perdre du temps et de l’argent pour mener à bien la transition énergétique et décarboner notre économie.

La « réduction de la part du nucléaire [en Europe] était un choix. Et avec le recul, c’était une erreur stratégique », a expliqué Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, au sommet sur l’énergie nucléaire le 10 mars dernier, tout en souhaitant la mise en place d’un Airbus du nucléaire en Europe. La droite européenne veut manifestement imposer un tournant majeur à la politique énergétique européenne aux dépens des renouvelables. Une erreur en termes économiques et écologiques mais aussi et peut-être surtout en termes de sécurité de l’Europe et des Européens.

Nucléaire ou renouvelables, il faut choisir

L’Union européenne et ses Etats membres ont en effet des moyens limités : ils ne peuvent pas à la fois accélérer l’implantation des énergies renouvelables et se remettre à investir massivement dans le nucléaire. Ce que propose Ursula von der Leyen c’est de faire la même chose dans toute l’Europe que ce qu’a décidé de faire le gouvernement de droite en France : freiner le développement des renouvelables au profit d’une relance du nucléaire.

Or aujourd’hui le déploiement des moyens de production renouvelables d’électricité est à la fois nettement moins cher que le nucléaire et infiniment plus rapide. Choisir de privilégier la relance du nucléaire par rapport aux renouvelables c’est donc accepter par avance de perdre du temps et de l’argent pour mener à bien la transition énergétique et décarboner notre économie. C’est d’autant plus absurde que la baisse rapide du prix des batteries et d’autres progrès technologiques sont en train de limiter fortement le principal inconvénient que ces moyens de production présentaient jusqu’ici : leur intermittence.

L’indépendance énergétique grâce au nucléaire : une méga fake news

L’argument systématiquement mis en avant de l’indépendance énergétique de l’Europe qui serait garantie par le nucléaire est une méga fake news comme normalement seul un Donald Trump est capable d’en proférer sans ciller.

L’uranium ne pousse pas dans les champs en Europe. Celui que nous utilisons aujourd’hui dans le nucléaire européen provient à 100 % de l’extérieur de l’Union. Et principalement de régions potentiellement instables et hostiles comme le Sahel, l’Asie centrale et surtout la Russie de Poutine. Plus du quart des combustibles nucléaires utilisés aujourd’hui en France et en Europe provient d’un pays qui nous fait la guerre pour détruire et vassaliser l’Europe démocratique.

De plus, le nucléaire, du fait de sa production constante et peu pilotable et de l’impression fallacieuse d’abondance énergétique qu’il peut donner est en réalité un obstacle majeur aux démarches d’économie et de sobriété énergétiques indispensables désormais pour espérer préserver les équilibres de la planète. La crise écologique que nous affrontons ne se résume malheureusement pas au seul changement climatique.

Par ailleurs la question des déchets nucléaires n’est pas plus réglée aujourd’hui que dans les années 1970. Choisir de relancer le nucléaire c’est choisir de laisser chaque année à nos descendants des tonnes supplémentaires de déchets à gérer qui resteront dangereux pendant des centaines, et pour certains d’entre eux des milliers, d’années. C’est à la fois immoral et irresponsable.

Plus de nucléaire dans un monde plus instable ?

Enfin, last but not least, nous vivons dans des sociétés marquées par une instabilité croissante avec une montée de l’extrême droite et de la xénophobie qui menace la démocratie et fait peser le risque d’une guerre civile. Pendant que les régimes autoritaires alimentent et déclenchent de plus en plus de conflits meurtriers dans le monde, notamment à proximité de nos frontières comme on le voit aujourd’hui en Ukraine ou au Moyen-Orient. L’instabilité interne comme externe risque aussi de nourrir à tout moment le terrorisme. Dans un tel contexte, multiplier les centrales nucléaires c’est forcément multiplier les risques d’accidents liés à l’instabilité politique et sociale de nos sociétés, c’est multiplier les objectifs potentiels à cibler pour des terroristes ou des ennemis et c’est multiplier les risques de dissémination de matières radioactives et de prolifération nucléaire.

Bref au-delà du fait que privilégier le nucléaire est antiéconomique, freine la transition énergétique et ne renforce en rien l’indépendance énergétique de l’Europe, c’est aussi une politique irresponsable sur le plan de la sécurité de nos concitoyens et du continent…

En réalité le seul avantage véritable du nucléaire par rapport aux renouvelables c’est le NIMBY (Not In My BackYard – pas près de chez moi) : au lieu d’avoir des éoliennes et du solaire un peu partout, on peut se contenter d’implanter quelques réacteurs dans un nombre restreint d’endroits ce qui suscite des réactions négatives plus limitées. C’est en effet le cas mais cela ne vaut certainement pas le coup d’accepter tous les inconvénients mentionnés ci-dessus juste pour éviter d’avoir à affronter la fronde de quelques propriétaires qui n’apprécient pas la vue d’une éolienne…

nouvelobs.com

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Commentaire

Pas de nucléaire ?  D’accord.
Du renouvelables ? Pour quoi faire ?
On est toujours oublieux de la nécessité de cette production électrique de plus en plus importante (je ne vais pas détailler).
Pourquoi tant d’électricité ? Pour la numérisation de la société, pour la surveillance, pour la guerre, pour l’IA ….

Ce genre d’arguments n’est pas souvent avancé ; c’est pourtant la finalité de cette gabegie qui nous empoisonne, défigure nos paysages ….