Leurs saccages, nos partages


les enjeux écologiques à l’ère du capitalocène

Attaques antisociales, politiques liberticides, racisme banalisé, montée de mouvements factieux et violents, menace néofasciste… La situation est trop grave pour disperser nos forces : c’est ce que se sont dit une quinzaine de collectifs, réseaux, associations et partis anticapitalistes, écologistes, alternatifs, féministes et antiracistes réunis en une première assemblée le 11 novembre dernier. L’heure est grave en effet face à la destruction du vivant, un véritable écocide, dans une nouvelle ère géologique qu’on appelle désormais le capitalocène et un monde humain dévasté par la logique expansionniste de la concurrence et du marché. C’est pourquoi nous assumons non seulement un anticapitalisme radical mais tout autant la volonté déterminée d’en sortir et de prouver qu’il y a là plus qu’un espoir : une nécessité. C’est en ce sens aussi que l’écologie n’est pas une question supplémentaire : car le capitalisme est en train de tout saccager. Or ce saccage touche toujours d’abord celles et ceux qui sont déjà pauvres ou précaires ; il est temps d’y mettre un terme : « Fin du monde, fin du mois, mêmes coupables, même combat. »

Pour cela nous avons besoin de nous faire entendre et de parler clairement. Il nous faut dresser méthodiquement l’inventaire des effets néfastes engendrés par le capitalisme, montrer en quoi il fait système, mutualiser nos connaissances, nos expériences et nos pratiques, dessiner un horizon qui nous rassemble en forgeant un projet alternatif d’ampleur. Ce projet doit évidemment se fonder sur la transversalité des luttes et par là même interpeller tous les mouvements, organisations, associations, syndicats et collectifs qui travaillent à renverser les rapports d’exploitation capitalistes et productivistes, tout comme les rapports de domination. C’est pourquoi nous avons besoin des connaissances de terrain que déploient tant et tant de collectifs : collectifs de précaires, mouvements antiracistes, associations venant en aide aux migrant-es, collectifs antivalidistes, féministes, de ceux qui défendent les droits LGBTQIA+ et combattent la transphobie… Nous avons beaucoup à apprendre de nos pratiques et de nos luttes. Ainsi, la présence des Dévalideuses durant cette assemblée nous a offert d’affiner notre conscience sur le validisme en refusant de dépolitiser le handicap : c’est par ces prises de conscience démultipliées que passera l’émancipation véritable. Nos collectifs ne peuvent qu’y participer en faisant sur eux-mêmes le travail nécessaire. Pour nous ces luttes puissantes forment une cohérence d’ensemble, nouées qu’elles sont dans le combat contre les oppressions et dans une perspective d’égalité réelle et de solidarité.

Au cours de cette assemblée, il a été question d’un axe essentiel : auto-activité, autogestion, manière de reprendre collectivement nos affaires en mains pour ne plus nous laisser déposséder de nos vies. Les formes de l’auto-organisation se déploient tous azimuts sans que bien sûr elles laissent de traces dans les médias installés : brigades de solidarité populaire, Gilets jaunes, ZAD, collectifs de riverains et de salarié-es contre les pollutions industrielles, réseaux écosyndicalistes, bases vertes communalistes… Ces formes d’auto-organisation locales peuvent elles-mêmes s’appuyer sur des services publics que le capitalisme néolibéral n’a eu de cesse de discréditer et démanteler. Il existe des alternatives concrètes et tangibles au capitalisme. Le projet d’une sécurité sociale et écologique universelle en fait partie, étendue à l’alimentation, à la culture, à l’art… Quant à la santé, elle a besoin d’être ramenée à son domaine public, surtout dans le contexte actuel de la pandémie où la non-levée des brevets est criminelle. La réduction massive du temps de travail, quand le travail est subi et non choisi, l’expropriation des actionnaires et la socialisation de l’économie nous apparaissent comme un impératif.

Nous appartenons au monde et le monde ne nous appartient pas. Les biens communs ne sauraient être privatisés. Nos projections émancipatrices sont immenses, elles exigent que notre système éducatif soit le lieu de développement d’un vrai esprit critique capable de dénouer les rapports de domination : l’école aussi doit être un bien commun. À nos yeux, la bataille à mener est donc aussi celle d’une hégémonie culturelle, face au déversoir capitaliste tout à la fois sexiste, raciste et impérialiste. Ces alternatives exigent de nous que nous sachions identifier et refuser les systèmes de dominations imbriqués, et les penser ici comme dans nos relations au niveau international et planétaire.

Il ne s’agit évidemment pas d’« aller trop vite » mais de trouver un rythme qui nous permette des mises en commun, des initiatives et des projets décidés collectivement. Il est ainsi question d’un « village commun » composé de maisons, les collectifs préexistants, tissant un réseau capable de réaliser des objectifs communs en parlant et agissant d’une même voix.

Notre prochaine rencontre aura pour thème « Leurs saccages, nos partages ». Elle interrogera non seulement les ravages du capitalocène, de l’extractivisme et du productivisme en général – dont on pourra se demander s’il est spécifique au capitalisme – mais les alternatives concrètes à imaginer et d’ores et déjà pratiquer. Nous n’oublions pas qu’il n’en va pas seulement là de rapports sociaux de propriété mais aussi de nos émancipations, de nos aspirations à une vie digne, bonne et juste. Et dès lors aussi d’une véritable démocratie, loin des systèmes supposément « représentatifs » qui la défigurent. Il faut donc poser la question du pouvoir : un pouvoir populaire, collectif, démocratique.

Cette rencontre sera une étape essentielle pour nous retrouver, travailler et lutter ensemble, affiner nos projets, les outils et moyens concrets de les réaliser : site, presse, vidéos, campagnes communes… Notre détermination est réelle, il nous faut tenter cette mise en réseau, sans négliger nos désaccords, sans qu’ils nous donnent du plomb dans l’aile, bien au contraire : que même nos divergences soient une richesse. Face au cauchemar annoncé qui a déjà commencé, il nous faut tenir, garder nos capacités d’enthousiasme et les rendre communicatives, sortir du déni et du mépris, refuser l’entre-soi, construire de l’optimisme et pour tout cela : regrouper nos forces et accroître ainsi leur puissance et leur élan.

Rencontre « Leurs saccages, nos partages : les enjeux écologiques à l’ère du capitalocène »

En visio le dimanche 30 janvier de 10h à 13h